Depuis plusieurs mois Grass Valley a lancé une gamme
de produits « sans bandes » s'appuyant sur des médias Rev Pro. Le
constructeur entend ainsi se positionner aux côtés des offres de matériels à
base de carte mémoire, de disques optiques, de disques durs de tournage. Mais
il manque pour le moment le plus important dans cette gamme à savoir le fameux camescope
Infinity qui permettra d'enregistrer sur ces cartouches de 35Go...:-).
En attendant, voici une prise en main d'un lecteur/enregistreur USB de Rev Pro (439€ HT à ce jour) nous permettant de nous faire une idée sur le mode de fonctionnement de ces solutions, l'approche de fonctionnement de ces médias, leur potentiel aux différentes étapes d'un flux de production : montage, tournage, archivage...
Approche de cette prise en main :
-Evaluer l'utilisation des médias Rev Pro avec ce lecteur autonome dans un contexte de montage « sans bandes » sur site ou sur le terrain ;
-Evaluer cette technologie en la comparant aux flux de production d'autres médias remplaçant les bandes (cartes mémoires, disques durs de tournage, XDCAM).
-Evaluer ce lecteur en particulier : installation, encombrement et poids, débits de lecture, débits d'écriture.
Rev Pro, principe et flux de production
La cartouche / disque REV Pro
Certains se souviennent sans doute des cartouches Ioméga qui permettaient il y a quelques années de stocker ses données. Ces cartouches s'utilisaient avec un lecteur/enregistreur du constructeur. Avec une philosophie approchante mais tirant parti des technologies récentes, Ioméga propose depuis quelques temps déjà des cartouches Rev qui ne sont autres que des disques durs sous forme de cartouches de taille 2 pouces ½.
Disque REV et disque REV Pro
A l'heure de la dématérialisation des médias (autrement dit stocker la vidéo sous forme de fichiers et non sur des bandes linéaires) GrassValley s'y est alors intéressé de près pour les adapter à un usage audiovisuel, sous le nom Rev Pro.
Un disque REV PRO est d'une capacité de 35Go, soit 2 heures de DV ou ¾ heure de HD 1080i 4:2:2 à 75Mb/s en JPEG 2000 par exemple.
Le moteur est intégré au disque. Il y a eu en effet dans un lointain passé des problèmes avec des technologies Ioméga dont le moteur était intégré au lecteur/enregistreur. Si celui-ci était déréglé et tournait à la mauvaise vitesse, la cartouche devenait illisible sur un autre lecteur. Ce cas de figure n'est donc plus possible.
Le REV Pro de Grass Valley est donc basé sur un cahier des charges plus exigeant que le REV standard. Pour autant les lecteurs Rev Pro (ou la future caméra Infinity) peuvent utiliser des disques Rev Standard.
Par rapport au REV standard, le Rev Pro se distingue par une coque du disque durcie, une mécanique renforcée, une capacité à supporter l'humidité, de basses et hautes températures adaptées à des conditions particulières comme le tournage en haute altitude par exemple, ou encore un à deux niveaux de mots de passe (utilisateur + session/admin), et un effacement sécurisé bit à bit.
Autre aspect, et non des moindre, le débit du Rev Pro a été amélioré par rapport au Rev standard, grâce à la gestion de la mémoire tampon. Grass Valley indique un débit garanti de 110 Mb/s et un débit soutenu pouvant atteindre (au milieu du disque) 200 Mb/s. Cela aura son importance pour l'enregistrement de vidéo à haut débit, comme en JPEG2000 HD à 75 ou 100Mb/s par exemple.
Un disque Rev Pro est annoncé pour 1 Million de réécritures, une durée de vie de 30 ans, 15 000 insertions / réinsertions.
Voici une vue en coupe d'une disque REV Pro qui
permet de bien voir le disque dur. (cliquez pour agrandir)
Le prix constructeur est de 585€ les 10 Rev Pro (tarif octobre 2007).
Ioméga se charge de la production des disques Rev Pro. Si le constructeur venait à arrêter la production Grass Valley, co-dépositaire de la technologie, s'engage à reprendre la chaîne de production.
Le Rev Pro dans le flux de production, les intentions de Grass Valley
GrassValley annonce depuis plus de deux ans un caméscope
exploitant cette cartouche comme support d'enregistrement, le fameux Infinity (voir ce test ). Après de multiples
reports Grass Valley le promet pour cet automne 2007. Car c'est bien là le
positionnement principal de GrassValley avec le Rev Pro : concurrencer les solutions
XDCAM de Sony ou P2 de Panasonic. Haut et fort dès le SATIS 2005 (eh oui ça
date) le constructeur déployait ses arguments: un coût des médias
raisonnable ; facilité d'utilisation en post-production à base d'un
lecteur USB externe ou SATA interne. Alors que la caméra Infinity se
fait attendre, la gamme du constructeur exploite les cartouches RevPro depuis
plusieurs mois déjà dans le lecteurs enregistreurs pour petites régies Turbo-R par exemple.
A ce jour, on peut par exemple relier un lecteur Rev
Pro (Turbo-R) à un mélangeur (Indigo). J'ai pu prendre en main des deux
matériels une grosse demi-heure, pouvant constater que le mélangeur pilote le lecteur. Sur l'écran LCD du mélangeur on dispose de la liste des vidéos contenues sur le dsique REV Pro
du lecteur Turbo-R. On peut donc préparer et lancer les vidéos à lire. C'est bien plus commode qu'une bande à caler ou à changer, et moins
encombrant qu'un ordinateur pour lequel la synchronisation avec le mélangeur
pourrait s'avérer complexe. Lors d'un séminaire, cela permet aussi de gérer de
façon autonome sa réalisation multicaméra avec habillages, tout en lançant la diffusion
de sujets vidéo quand nécessaire.
Penchons nous maintenant sur la prise en main du lecteur externe USB de cartouches REV Pro que nous avons pu tester...
Test du lecteur externe USB de REV Pro
Impressions sur le lecteur
En prenant en main ce lecteur on est marqué par sa
compacité et légèreté (moins de 400 grammes). Il peut à l'évidence se ranger
dans la sacoche de son ordinateur portable pour un montage sur le terrain.
Attention cependant il nécessite d'être alimenté sur
le secteur avec le transformateur fournit (relativement compact heureusement)!
Cela réduit donc l'usage itinérant aux lieux équipés en 220V. Il aurait été
intéressant que ce lecteur sache s'alimenter via le port USB pour tirer profit
de la batterie d'un ordinateur portable.
Installation parfaitement assistée
Le CD de driver du lecteur est extrêmement bien conçu, assez rare pour être souligné. On est guidé étape par étape pour installer les drivers, puis le PC redémarre (bon ça ce n'est jamais très agréable), l'assistant d'installation nous indique alors de brancher le disque REV Pro en USB, et le voilà reconnu par notre PC...
Test en lecture (VLC) et montage (Edius)
Nous avons exploité le lecteur dans un contexte proche de ce que donneraient la lecture et le montage d'images tournées avec le caméscope Infinity. Le camescope Infinity encapsulera les fichiers en mxf, et proposera différents codecs et débits, dont le DV, le JPEG2000 SD, le JPEG2000 HD, le mpeg2 HD.
Nous avons utilisé un disque REV Pro contenant des rushes en HDV natif, mais aussi au codec Canopus HQ à 25Mb/s et à 100Mb/s, en fichier avi.
Lecture
Les vidéos contenues sur le disque nous ont donc permis d'évaluer les débits de lecture que peut soutenir un cartouche REV Pro d'une part, et ce lecteur USB par ailleurs, pour lequel Grass Valley annonce un débit de 110Mb/s.
La lecture des vidéos dans le lecteur VLC depuis le disque REV Pro a pu se faire sans souci de fluidité pour l'ensemble des vidéos.
Montage
Pour le montage nous avons utilisé Edius, le logiciel de Grass Valley.
Sous Edius, le montage depuis les médias du disque a été possible pour les vidéos HDV natif et en codec HQ à 25Mb/s. Nous n'avons pu monter les vidéos en HQ à 100Mb/s sans pouvoir déterminer si les limites venaient du lecteur USB ou de notre station de montage.
Nous avons pu improviser un petit montage avec le mélange de rushes en HDV natif et en Canopus HQ à 25Mb/s, il a même été possible de mélanger des vidéos sur plusieurs pistes avec un minimum d'effets (PinP, correction de couleur).
On peut donc en tirer comme conclusion qu'un montage simple peut se faire directement depuis la cartouche REV Pro pour des situations tendues de news par exemple. Monter les plus hauts débits (le JPEG 2000 HD à 75 ou 100Mb/s par exemple) réclamera des tests plus approfondis.
Copies de fichiers PC>Rev Pro ou REV Pro>PC
Un autre usage possible du Rev Pro est de copier les médias du disque sur sa station avant de commencer le montage, ou d'exploiter ces disques pour échanger des médias entre différents postes de travail distants équipés chacun d'un lecteur/enregistreur. A cet effet il est donc important de connaître le potentiel du lecteur/enregistreur USB sur les temps de copie des médias du disque REV Pro vers le disque dur de sa station ou l'inverse.
Nous avons réalisés plusieurs tests de copies de fichiers. Ces copies ont été réalisées sous Windows XP avec le logiciel libre SuperCopier. Les débits indiqués sont ceux fournis par SuperCopier lors des copies, les temps de copies ont été chronométrés lors des copies.
Les Repairenautes qui voudraient se donner des éléments de comparaison avec leur propre matériel (un disque dur externe pas exemple) peuvent :
-chronométrer des copies de fichiers équivalents à ceux des tests
-installer SuperCopier et comparer les débits de copies obtenus
Copie d'un dossier depuis le disque dur du PC vers le disque REV
9.17 Go - 18 fichiers vidéo
Débit entre 20,5 et 24 650 Ko/s
Copie réalisée en 7 mn 25
Copie d'un dossier de photos JPEG basse définition de 23,2Mo de 769 photos
Débit de 3400Ko/s
Copie réalisée en 7s
Copie d'un dossier de photos d'une bibliothèque d'images 830Mo de 330 photos Haute def
17 700Ko/s
Copie en 50s
Copie depuis Disque REV vers le disque dur PC
9.17 Go - 18 fichiers vidéo
Débit 12,5 et 17,5 Ko/s
Copie réalisée en 8mn50s
Copie d'un dossier de photos JPEG basse définition de 23,2Mo de 769 photos
Débit de 4900Ko/s
Copie réalisée en 5s
Copie d'un dossier de photos d'une bibliothèque d'images 830Mo de 330 photos Haute def
17 700Ko/s
Copie en 50s
Bilan sur les temps de copie
Ces temps de copies se montrent de l'ordre de ce qu'on obtient avec des disques durs externes en USB où la moyenne est souvent de 1minute pour 1Go à copier. Pour autant on est loin de la rapidité des temps de transferts obtenus avec des disques S-ATA. En interne comme en externe, les débits du S-ATA peuvent en effet constituer un avantage important sur ce domaine des temps de copie des médias.
Grass Valley propose deux autres lecteurs REV Pro, internes ceux là. Ils s'intègrent donc au sein de son PC, avec une connectique IDE ou S-ATA. Le modèle S-ATA est probablement le plus intéressant du fait des débits qu'il doit théoriquement permettre, à tester...
Alors que les disques durs externes et ordinateurs portables exploitant le S-ATA se multiplient, Grass Valley pourrait être bien inspiré de proposer un lecteur externe à double connectique USB et S-ATA pour parer à toutes les situations...
Conclusion, les + et le - du lecteur USB et d'un flux de production Rev Pro
A mon sens le principe du RevPro apparaît comme une solution sans bande particulièrement bien pensée alliant sur le papier bien souvent le meilleur des solutions sans bandes du moment (cartes mémoires, disque durs de tournage, disque optique) et comblant intelligemment leurs inconvénients propres (voir le détail dans les +, les - ci-dessous). Mais pour le moment cet intérêt reste largement de la "science fiction" puisque ce potentiel ne sera intéressant que lorsqu'un flux de production complet sera possible, du tournage au montage. Or, la caméra Infinity est le seul caméscope annoncé pour utiliser le REV Pro au tournage, et pour le moment il n'est toujours pas sorti...
Lecteur USB Rev Pro
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Flux de production Rev Pro
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Un enregistreur compact pour tous caméscopes ?!!
Après une telle prise en main une question ressort : mais pourquoi donc GrassValley ne propose pas un petit enregistreur REVPro externe pour caméscopes, sur le modèle des disques durs de tournage ?
Imaginons, il se raccorderait aux caméras DV ou HDV en firewire, et comme les disques durs de tournage on choisirait dans un menu l'encapsulage voulu (avi, mov, omf) et le codec (DV, HDV, JPEG2000, MPEG2).
Mais tout l'intérêt reposerait sur :
-ces cartouches qui à l'image du XDCAM ne demandent pas de déchargement entre les tournages (contrairement à une carte mémoire ou un disque dur de tournage),
-et qui peuvent être exploitées en post-prod avec un lecteur de cartouche de coût raisonnable comme celui que nous avons testé avec la possibilité de monter directement depuis la cartouche pour les projets en DV ou HDV ne multipliant pas trop les effets et PinP...
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