Découvrez le projet élu par le jury comme lauréat de la première session du Challenge Création Sony-Le Repaire: le documentaire "Le Retour de Calapesce".
Session 1: le mot de Gild, président du Jury
Bonjour,
C'est en tant que président du Jury que j'ai le plaisir de vous annoncer
les résultats de notre première session du challenge Sony-Le Repaire.
Les projets proposés pour cette session, tous très différents, ont
suscité chacun à leur manière l'intérêt du jury. C'est cependant la
proposition de documentaire de Salvo Manzone, "Le retour de
Colapesce", qui a su nous séduire particulièrement, par la solidité du
projet, l'actualité de son thème (la problématique de la gestion des déchets en
Sicile) et son traitement original sous forme de lettre-vidéo.
Félicitation donc à ce réalisateur, et merci à tous pour votre
participation.
GiLd
Le Making-of !Avant de découvrir dans quelques jours (d'ici mi-avril) les détails du tournage du documentaire "Le Retour de Colapesce", voici un making-of réalisé par l'équipe du film. On y retrouve bien l'ambiance que laissait présager le synopsis et la note d'intention du réalisateur.
Premières photos du tournageDans le cadre de la première session du concours Sony-Le Repaire, Salvo Manzone a commencé à tourner une partie de son documentaire "Le Retour de Colapesce" (Synopsis ci-dessous ) avec la caméra PMW-320 gagnée pour un mois de tournage. Il nous livrera prochainement ses retours au fil d'un entretien détaillé qui nous permettra de rentrer en détail sur la mise en œuvre de son projet. En attendant il nous permet de nous plonger dans les coulisses de son tournage en Sicile avec cette sélection de photos à Palerme, Trapani, Collesano:
Tournage du conseil municipal
Tournage à la décharge
Interview des éboueurs
A la maison, pêche aux déchets !
Tournage au marché
L'une des bouteilles à la mer
Synopsis
Nos
objets deviennent des déchets
parce que nous décidons de les appeler ainsi. Le point de départ du
documentaire est l'Urgence Déchets dénoncée en Sicile ces
dernières années. Or à partir de ces images choquantes, on arrive
à la thèse paradoxale que les ordures n'existent pas. Le fil
conducteur sera le parcours d'un écologiste : moi-même ! Qui
suis-je ? Je suis bien sûr un
réalisateur de documentaires, mais également un ingénieur avec une
formation scientifique. Originaire de Palerme, je vis et je travaille
à Paris depuis 1997.
Le film se développe comme mon journal intime
en douze chapitres, qui prendront chacun la forme de vidéo-lettres
envoyées à « Colapesce » sous la forme de messages en
bouteille confiés aux flots de la mer sicilienne. Colapesce
est le personnage
mythique d'une ancienne légende sicilienne, un garçon mi-homme
mi-poisson, qui s'est sacrifié pour sauver la Sicile (1).
En
tant qu'habitant de deux villes totalement différentes, Paris et
Palerme, je trace un parallèle sur leurs gestions des ordures
ménagères. À Paris
la collecte fonctionne très bien, mais la "récolte" est
destinée majoritairement aux incinérateurs. À Palerme
il n'y a pas d'incinérateurs,
mais on y trouve l'AMIA. Cette société chargée de la gestion de la
collecte des déchets ne fait pas du tout son travail, s'abstient
de développer le tri sélectif et semble agir de façon à vouloir
remplir rapidement la décharge publique pour pouvoir imposer à
l'État, au Conseil Régional et aux citoyens inconscients, la
nécessité de la construction d'un gigantesque incinérateur, dont
il serait actionnaire, à proximité de la ville.

Je
vais essayer de comprendre les causes de la gestion criminelle des
déchets en Sicile. Je rencontre les éboueurs comme les dirigeants
de l'AMIA, je visite la décharge saturée de Bellolampo et j'explore
les centres de traitement qui curieusement n'ont jamais fonctionné
depuis leur construction. Maintenant déjà, je vois ma belle ville
submergée par les ordures qui envahissent les rues ; je me bats
contre les décharges sauvages en plein centre historique et
notamment celle en face de mon balcon... (photo ci-dessus)
 
Après
cette séquence d'information bien plus critique et réelle que celle
des JT, l'étape
suivante du parcours d'un écologiste doit être
la prise de conscience des causes profondes.
On
voit alors que la société de consommation exploite un effet pervers
bien caché derrière le cercle vicieux achat-déchet:
la métamorphose de biens de consommation individuels
en problème collectif.
Et puisque tout ce qui est collectif a du mal à fonctionner dans
l'Italie du Sud, tout se complique... Revenons à l'effet caché, à
ce « tour de magie ». Au nom du droit de propriété
individuel, on considère qu'un objet que nous achetons est
totalement nôtre. Pourtant, un instant après l'avoir mis à la
poubelle, on ne veut plus en entendre parler et il se met à
appartenir au domaine public, et nourrit le problème collectif de
l'élimination des (biens) déchets au détriment de
l'environnement.
Pour
reconstruire l'histoire des ordures comme phénomène
anthropologique, et pour le replacer dans une problématique
linguistique, je rencontre l'anthropologue Franco La Cecla et le
linguiste Antonio Lavieri.
Je
rencontre aussi Paul
Connett, professeur
américain spécialiste de la politique du "Zéro
Déchet" lors
d'une conférence qu'il donne à l'Université de Palerme. Ses
idées simples et révolutionnaires sur lesquelles il fonde la
philosophie « Zéro Déchet » renforcent mes convictions
: "Les ordures
sont une erreur du système"
et "il est important de responsabiliser les citoyens".
Lors
de la dernière étape,
l'action, je rejoins
différents groupes d'écologistes,
notamment le groupe Réseau Zéro Déchet et je rencontre les
chiffonniers qui essayent à leur façon, humble et concrète, de
combattre l'Urgence Déchets à Palerme.
(1) Nicolas,
dit Cola, fils d'un pêcheur de Messine, était célèbre pour sa
grande passion pour la mer et les explorations sous-marines. Le Roi
de Sicile, Frédéric II, voulut en expérimenter les capacités.
Quand le roi le mit à l'épreuve, pour la troisième fois, en jetant
une bague dans des eaux très profondes, Colapesce n'émergea plus.
Selon la légende, en descendant en profondeur il avait vu que la
Sicile reposait sur trois colonnes, dont l'une était rongée. Il
avait donc décidé de rester sous l'eau, pour soutenir la colonne
afin d'éviter que l'île ne sombrât dans les flots. Modernes
Colapesce, fatigués de soutenir l'île et décidés à émerger des
eaux, les écologistes siciliens sont aujourd'hui nombreux à vouloir
préserver leur ile des problèmes environnementaux en lançant un
message de sensibilisation et de responsabilisation collective.
Note d'intention du réalisateur Salvo Manzone
L'Urgence
Déchets de Naples cache, ou si l'on veut employer un terme
typiquement mafieux, occulte le réel enjeu des déchets. Ce cas
éclatant et connu par le monde entier n'est qu'une anomalie, la
conséquence d'une mauvaise gestion et de l'action de la
criminalité organisée. Puisque les phénomènes exceptionnels
captent davantage l'attention des médias que la réflexion sur le
comportement individuel, "l'arbre" pourri et radioactif des
eco-balles-CDR cache la forêt saine et recyclable des nos
ordures quotidiennes.
Derrière l'image
« trompeuse » de la catastrophe napolitaine, on peut même
imaginer un plan de manipulation médiatique encore plus général et
machiavélique: la déformation du problème quotidien des déchets
aux yeux des citoyens italiens, qui seront amenés à croire qu'il
ne s'agit que d'une question liée à la Camorra sanguinaire, au
gouvernement inefficient, aux napolitains inconséquents ou encore
aux écologistes « terroristes ». Ils seront persuadés
de ne pouvoir rien faire sauf attendre. Attendre que la justice
contre la Camorra suive son cours, qu'il y ait un changement de
gouvernement, que le napolitains meurent, que les écologistes soient
arrêtés, qu'on réouvre les déchèteries saturées et qu'on
construise les incinérateurs... pendant ce temps on continue,
insouciant, à produire des déchets.
Je veux montrer que
derrière l'arbre de l'exception, il y a la forêt qui est composée
de nous tous et mettre en évidence les responsabilités de chacun de
nous, car elles sont les moins visibles. Je ne veux donc pas me
focaliser et m'arrêter sur les effets extrêmes de l'"ecomafia",
mais analyser nos contradictions, que les "méchants" (la mafia,
le gouvernement corrompu, les trafiquants...) utilisent comme un
levier pour nous "vendre" notre propre mort (des déchèteries
empoisonnées, les incinérateurs, la gestion « militarisée »
des déchets, etc.). Les conséquences de chaque erreur- horreur, en
touchant l'environnement, ont des retombées indéterminées dans
le temps et dans l'espace.
La situation de Palerme
est très intéressante pour de multiples raisons liées à la
conjoncture politique et environnementale et parce que la Sicile
risque de se transformer en une nouvelle Campanie.
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