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Review : Canon EOS R, monture RF et filtre ND variable

Greg nous livre son évaluation du mirrorless Full frame de Canon, de sa monture RF et de la bague porte-filtre avec filtre ND variable

Publié par GRG le 4 Octobre 2019 dans Tests
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  1. GRG

    L'EOS R, la monture et le filtre ND... (air connu)


    Cet article a été réalisé en collaboration avec mon camarade Manu, cadreur & réalisateur, heureux possesseur du dit EOS R (qui est venu remplacer son Sony A7S). On peut retrouver ses impressions, en vidéo, au bout de ce lien.

    Illust_01.jpg

    Dès sa sortie, le Canon EOS R a été largement brocardé, essentiellement car il ne serait pas à la hauteur pour tourner en UHD. Il n'est pas sans intérêt de s'interroger sur le recadrage (crop factor) induit en 4K, ou sur l'absence d'un capteur stabilisé (on y reviendra), et il peut sembler légitime de penser que les spécifications du boîtier sont loin derrière la concurrence. Mais c'est peut-être passer à côté de l'essentiel.

    La première « révolution », à mon sens, c'est que Canon se décide enfin à s'attaquer sérieusement au marché du mirrorless. La machine est proposée à un tarif très agressif (pour Canon...), le capteur du 5D Mk IV à moitié prix (si on se réfère au tarif de ce dernier, lors de sa mise sur la marché). C'est bien de voir que les lignes peuvent bouger (merci Sony, merci Panasonic). ;)

    Plus important, et c'est certainement cela qui est « révolutionnaire », c'est l'introduction d'une nouvelle monture, qui risque bien de changer pas mal de choses.

    La monture RF


    Changer de monture, pour un fabricant, c'est toujours compliqué. C'est souvent laisser des optiques (et des clients) sur le carreau.
    La stratégie de Canon à ce sujet me semble remarquable, puisque la monture RF est complètement compatible avec les objectifs EF via un adaptateur commercialisé avec l'EOS R.

    Le parc d'optiques EF est certainement un des plus importants du monde, pouvoir continuer à utiliser ses cailloux sans se poser de questions, surtout pour ceux qui ont réalisé de gros investissements à ce sujet, c'est, au minimum, un grand soulagement.

    Illust_02.jpg

    Si on regarde, au hasard, chez Nikon (cela me semble approprié, c'est un acteur historique qui lui aussi s'attaque enfin au marché des hybrides), on peut voir que ce n'est pas si simple.
    Déjà la bague d'adaptation n'est pas comprise dans le prix des machines (il faudra ajouter 299 euros), ensuite la prise en charge de la correction de la distorsion, du vignettage, des aberrations chromatiques, de l'autofocus, voire du diaph, semble être bien complexe, selon les objectifs, selon les boîtiers (voir : https://www.kenrockwell.com/nikon/mirrorless/lenses/ftz.htm#compat ou http://download.nikonimglib.com/archive3/BVkaM00Od0A304JbR4x05ce5oy02/FTZ_CompatibleFmount_(Fr)03.pdf).
    Bref, c'est compliqué.

    Chez Canon, c'est plus simple. Le diamètre interne des optiques RF reste le même (54 mm), seul le tirage mécanique change, la distance entre le capteur et le dernier élément de l'objectif passe de 44 à 20 mm.
    Autrement dit, la bague d'adaptation EF → RF est une simple « cale » de 24 mm (dotée d'un peu de connectique). Ce qui permet de prendre en charge toutes les optiques EF (et EF-S), aussi bien au niveau de l'autofocus, du pilotage du diaph, que de la correction du vignettage, de la distorsion et des aberrations chromatiques. Il n'y a aucune influence sur la qualité, ni sur la rapidité de la mise au point.

    J'ai vérifié le bon fonctionnement des optiques suivantes :
    Canon EF 70-200 mm F2,8 L IS II, Canon EF 85 mm F1,8, Canon EF 50 mm F1,4, Canon EF 50 mm F1,8 II, Canon EF-S 17-55 mm F2,8 IS et Canon EF-S 18-135 mm F3,5/-F5,6 STM.
    Cela c'est aussi bien passé avec le Tokina EF-S 11-16 mm F2,8 (remarquons que le boîtier ne prend, pour le moment, pas en charge la correction des optiques des constructeurs tiers) et le Sigma EF-S 18-250 mm F3,5-6,3 DC OS HSM. J'ai même monté mon 50 mm Asahi SMC Takumar F1,4, via une bague M42 → EF, pour voir (et ça marche, bien sûr, en full manuel - il conviendra de largement douter de la confirmation du point...).
    On peut donc dire que les investissements sont préservés.

    Notons que le Tamron EF-S 17-50 mm F2,8 VC fonctionne aussi. Son autofocus en vidéo est bien peu efficace, exactement comme sur C100 Mk II, C300 Mk II et C200. Cela reste donc cohérent.;)

    Cela implique donc que les deux parcs optiques (RF et EF) vont coexister pendant encore un bon moment, que le développement des boîtier DSLR va se poursuivre, c'est donc la possibilité, pour ceux qui le souhaiteraient, d'opérer, tout en douceur, une éventuelle transition (ou pas).

    Illust_03.jpg

    Ce que la monture RF implique aussi, avec le dernier élément de l'optique physiquement beaucoup plus proche du capteur, c'est la possibilité de construire des objectifs proposant une plus grande ouverture, des cailloux « hors normes ». On peut voir ici une petite vidéo qui explique très bien cela : https://www.youtube.com/watch?v=3-swouJ4qS4

    Bon, évidemment, ça tient un peu du discours marketing tout cela. Sauf que.

    Il existe déjà une optique RF, dont on peut dire qu'elle est plutôt exceptionnelle.

    Le Canon RF 28-70 mm F2 L USM


    F2 constant, sur un zoom 28-70 mm, ça semble pas mal digne d'intérêt. C'est même une première mondiale.;)
    Illust_04.jpg

    Ce qu'on peut en dire de prime (haha) abord, c'est que c'est un beau bébé. Un peu plus d'1,4 kg, avec un diamètre de filtre de 95 mm (le prix du filtre ND va piquer un peu, mais ce ne sera rien par rapport à celui de l'objectif, officiellement, 3299,99 euros TTC).

    Il se trouve qu'on ne peut que constater, très rapidement, que c'est, optiquement parlant, vraiment très bon. Le piqué, dès F2,0 est assez remarquable. On peut donc parfaitement l'utiliser à pleine ouverture (et ça tombe bien, c'est bien pour cela qu'on l'aura acheté). Le diaphragme à 9 lamelles propose un bokeh très doux :


    EOS R + 28-70 @ 50mm - 800 ISO - F/2 - 1/50eme


    Je n'avais ni le temps, ni les moyens (ni l'envie) de réaliser des tests plus techniques (il passera certainement à la TestBox du Repaire à l'occasion). D'après DxOMark, le facteur de transmission est de T2,2, ce qui est excellent.

    Un petit test empirique tout de même, le Canon EF 50 mm F1.4 à F2 vs le RF 28-70 à 50 mm F2 (on peut remarquer que le zoom est presque aussi performant que le prime).

    Transmission_Optique_EF_50mm_F_1_4_@_F2_800_ISO_50ème.jpg
    EF_50mm_F_1_4_@F2_800_ISO_50ème

    Transmission_Optique_RF_28_70_@_50mm_F2_800_ISO_50ème.jpg
    RF_28_70_@50mm_F2_800_ISO_50ème​

    Si on compare avec le zoom EF 70-200 mm F2,8 L IS II, à 70 mm F2,8, le RF 28-70 mm F2 L est meilleur (ce qui est logique, le 70-200 mm est donné pour T3,3).

    Transmission_Optique_EF_70_200_IS_II_F2_8@70_mm_F2_8_800_ISO_25ème.jpg
    EF_70_200_IS_II_F2_8@70_mm_F2_8_800_ISO_25ème

    Transmission_Optique_RF_28_70_F2@70_mm_F2_8_800_ISO_25ème.jpg
    RF_28_70_F2@70_mm_F2_8_800_ISO_25ème
    Voici quelques autres « reviews » :

    L'autofocus est redoutable, vraiment très véloce (et silencieux). La bague de zoom est assez agréable (la course est courte). Le caillou est parfocal (c'est à dire que si on fait le point à 70 mm et qu'on change la focale, que l'on dézoom, le point sera conservé). Il y a une très légère dérive de la MAP, lorsqu'on arrive vers 28 mm, mais c'est (quasiment) négligeable. Notons cependant que c'est une fonction gérée électroniquement, donc, si on éteint le boîtier, le point sera perdu...

    Le vignettage, les aberrations chromatiques et les déformations optiques sont parfaitement gérés par l'EOS R (il faut penser à activer les options à ce sujet dans le menu).

    Le zoom est bien sûr doté d'une bague supplémentaire, dite de réglage (comme toute la gamme RF), à laquelle on peut attribuer la fonction que l'on veut (par exemple, on peut piloter le diaph). À l'usage, ce n'est pas désagréable (il est même possible de faire enlever les « clics » sonores, il faut prendre contact avec le SAV Canon France). Notons qu'il est aussi possible de retrouver cette bague de réglage sur les optiques EF/EF-S, via un adaptateur spécifique (229,99 euros TTC).

    Ce qu'on peut ajouter, c'est qu'avec les optiques RF, c'est la fin des marquages de distance de MAP sur le fût. Cette dernière est affichée directement dans l'OSD (c'est bien pratique). En revanche, ce n'est pas le cas de la focale utilisée (c'est un peu dommage, sur une C200, on connaît cette information).

    Alors, le 28-70 mm F2, est-ce une optique incroyable pour filmer ? Pas vraiment, non...;)

    Déjà, c'est très lourd, et le design compact, très ramassé, ne propose pas une très bonne répartition du poids entre l'objectif et le boîtier, ni une très bonne prise en main. L'ensemble pique du nez, et si ce n'est pas trop un problème en photo, en tournage à main levé, ça s'avère vite assez fatiguant (le Canon EF 70-200 F2,8 IS, bien que plus lourd, est nettement plus agréable à utiliser).

    Ensuite, le range disponible, en 4K UHD, n'est pas vraiment adapté. Avec le crop x1,75, le 28-70 mm devient un 49-123 mm (on se parle cadrage, la focale ne change bien sûr pas), ce qui n'a plus rien d'un zoom transtandard pratique et versatile (remarquons qu'en Full HD, il n'y a pas de crop, ça reste un 28-70 mm).

    Le Focus breathing (changement de la taille de l'image lors du déplacement de la lentille de mise au point) est assez marqué, même si on a vu pire... Ce n'est donc pas idéal pour réaliser une bascule de point élégante (mais c'est le cas avec la plupart des optiques « photo »).


    L'absence de stabilisation optique est un problème, surtout à main levée. Même sur trépied, le poids de l'optique, et le déséquilibre important avec celui du boîtier (660 grammes vs 1,4 kg) a tendance générer des vibrations au moindre contact.

    Enfin, la bague de mise au point, si elle n'est pas désagréable à utiliser, est totalement électronique (focus by wire). Ce qui rend très difficile la répétition d'une mise au point (le déplacement de la lentille de MAP est relatif à l'amplitude et à la vitesse du geste), et donc totalement impossible l'utilisation d'un follow-focus.

    Le diamètre important de l’objectif et la course longue de cette bague n’aident pas non plus, lorsqu’on essaye de réaliser une mise au point fluide...

    Compte-tenu du tarif, de l'encombrement, je ne le recommande donc pas pour un usage vidéo (pour un photographe un peu fortuné, et plutôt costaud, c'est déjà plus intéressant).

    Il me semble plus sage d'investir dans une ou deux belles optiques fixes, et un zoom EF-S, qui se jouera du crop factor (tel le Tokina 11-16 mm F2,8, ou le Canon 17-55 mm 2,8 IS, voire les Canon EF-S 10-18 mm F4,5-5,6 IS STM ou EF-S 10-22 mm F3,5-4,5, selon les goûts).
    En EF, le Canon 16-35mm F2.8L III USM peut aussi faire l'affaire.

    Illust_05_Grand_Angle_Tokina_11_16_mm.png
    grand angle avec le Tokina 11-16 mm F2,8

    Il n'en reste pas moins que c'est une optique très impressionnante, on peut imaginer qu'à l'avenir, la gamme RF va s'enrichir, probablement avec une ou deux autres optiques un peu hors normes (on se parle éventuellement d'un 16-28 mm F2 : https://www.canonrumors.com/a-canon-rf-16-28mm-f-2l-usm-is-coming-cr1/, qui pour le coup serait bien plus adapté au crop factor 4K UHD de l'EOS R).

    Pour l'instant, outre le RF 28-70 mm F2 L USM, on peut se tourner vers le RF 50 mm F1,2 L USM, le RF 85 mm F1.2L USM (une variante Defocus Smoothing est à venir, très honnêtement, je ne suis pas sûr de comprendre en quoi ça consiste exactement), le RF 35mm F1.8 IS Macro STM ou le RF 24-105 mm F4L IS USM.
    Ainsi que vers les tout nouveaux RF 24-240mm f/4-6.3 IS USM, RF 15-35 mm F2.8 L IS et RF 24-70 mm F2.8 L IS. Voir ici : https://store.canon.fr/objectifs-rf/

    Illust_06.jpg
    le RF 70-200 mm F2,8 L IS étant envisagé pour décembre 2019.

    Illust_07.jpg

    Encore une fois, rien n'empêche d'utiliser les objectifs EF ou EF-S, c'est même une excellente idée pour profiter d'un autre avantage de la monture RF, la possibilité de mettre des filtres entre le capteur et l'optique...


    La bague Canon EF-EOS R V-ND


    C'est l'aspect lié à la monture RF que je trouve le plus intéressant. Canon a eu la bonne idée de profiter de la place laissée libre par l'absence de miroir, pour en faire quelque chose d'un peu plus utile qu'un simple bout de plastique (avec des connecteurs), à destination des objectifs EF/EF-S.

    Illust_08.jpg

    Il s'agit tout simplement d'une bague dotée d'un porte-filtre, dans lequel on peut insérer soit un filtre polarisant circulaire, soit un filtre « clear », soit un filtre gris neutre variable. C'est, en vidéo, cette dernière option qui est la plus intéressante. Pour rappel, cela permet de garder une vitesse d'obturation en adéquation avec la cadence d'images (en général, le double de cette dernière, donc, 1/50ème pour 25 ips), donc d'éviter des problèmes de saccades, tout en tournant avec un diaph très ouvert, avec un ISO natif relativement élevé. Cela permet donc aussi d'éviter la diffraction.

    On dispose généralement de cette option (les filtres ND internes) sur des caméras professionnelles (Alexa mini, Eva1, FS5, C200...), c'est très appréciable et particulièrement efficace en situation de Run & Gun. Sur des machines plus modestes, il reste la solution de visser un filtre gris neutre variable sur l'optique, ce qui implique d'avoir plusieurs filtres (un pour chaque objectif), voire, d'enlever le filtre, de le remettre ailleurs, ce qui est tout sauf un gain de temps.

    Bon, très honnêtement, chez Canon, c'est clairement pas donné (on se parle de 479,99 euros), mais ce sera vite amorti si on a trois ou quatre optiques ne disposant pas du même diamètre de filtre...

    Le filtre vari-ND propose ND 2,5 (- 1,5 diaphs) → ND 500 (- 9 diaphs), ce qui devrait répondre à n'importe quel besoin en ce qui concerne les problématiques d'exposition.


    Il est entièrement mécanique (il n'y a donc aucune information disponible à ce sujet au niveau du boîtier, dans l'OSD), ce qui est un peu regrettable. La contrepartie, heureuse, c'est qu'on peut réaliser un rattrapage de l'exposition, gentiment, « à la main » (ce qui n'est pas possible avec les filtres ND intégrés en « tourelle » - remarquons que la FS5 propose une solution électronique qui permet de d'accomplir ce genre de correction progressive).

    La bague de réglage est un peu « cheap » à mon goût. Ce n'est pas qu'elle risque de casser, plutôt qu'elle n'offre que peu de friction, de résistance (ce n'est donc pas du tout évident d'être précis). Sans compter qu'elle est un peu petite, pas toujours facile à attraper, manipuler. Les indications relatives à la densité utilisée, proposées par le marquage, sont, au mieux, vaguement indicatives, c'est de l'ordre de l'inutile, ou presque. Mais enfin, ça fonctionne et c'est très efficace.

    Illust_09.jpg

    Ce qui est regrettable, c'est que pour le prix, Canon ne fournisse pas le filtre transparent (le « clear »), qui sera bien utile si on est dans un cadre docu/reportage, avec des intérieurs et des extérieurs (il est possible qu'en basse lumière, ND 2,5, ça ne nous arrange pas trop....). Si on se contente de virer le filtre, il y a un trou, par lequel la lumière ne se gênera pas pour entrer. C'est donc un peu mesquin de le vendre à part (à 109,99 euros TTC). Reste qu'on peut virer la bague porte-filtre et remettre la standard, mais c'est un coup à devenir chèvre si on doit le faire souvent…

    Illust_10.jpg

    Pour être complet à ce sujet, on peut aussi investir dans un polarisant circulaire (219 ,99 euros TTC ), ce qui pourra s'avérer pratique pour éliminer des reflets, ou sublimer un ciel.

    Même si le tarif est élevé, dans un cadre professionnel, je recommande de réaliser cet investissement (après tout, ce sont les clients qui payent), au moins en ce qui concerne le filtre ND variable. À l'usage, c'est vraiment agréable, ça peut grandement changer sa façon de tourner.

    Le paradoxe de l'histoire, c'est que profiter du filtre ND variable interne ne sera possible qu'avec les « anciennes » optiques EF/EF-S.
    Quelque part, tant mieux, certaines sont excellentes, et les tarifs sont un peu plus raisonnables que ceux des cousines, en version RF.


    Le Canon EOS R


    L’ergonomie


    Sur le plan physique, le boîtier est un peu plus joufflu que ce qu'on peut trouver généralement chez la concurrence. À mon avis, c'est plutôt une bonne chose, la prise en main est meilleure. On reste malgré tout sur une machine très légère (660 grammes en ordre de marche).

    L'EVF OLED (0,5 pouce - 1280x960) est très performant et agréable à utiliser, l’œilleton est large et confortable.

    Ce qui le distingue tout de suite d'un hybride Sony, c'est la présence d'un LCD tactile de 3,15 pouces, que l'on peut orienter, selon les besoins, et même ranger, écran protégé. C'est un peu incroyable que ça reste une fonctionnalité si rare de nos jours…

    Illust_011.jpg

    L'ergonomie évolue un peu, c'est la disparition de la traditionnelle molette d'accès aux modes de prise de vue de et du joystick (notons qu'on peut sélectionner son collimateur AF via le tactile, œil rivé dans le viseur), ainsi que de la molette de sélection, sur la partie arrière. On s'y fait vite.

    J'aime bien le report des informations sur le petit LCD situé sur le haut du boîtier, je suis plus réservé sur le fonctionnement de la barre tactile (mais il me semble que ça a été amélioré via un récent firmware).

    Illust_016.jpg

    Remarquons que la machine propose, en plus du micro intégré, une prise casque, ainsi qu'une entrée micro. Même si ça semble relativement basique, là aussi, ce n'est pas si courant. La sortie HDMI permettra de récupérer du 10 bit 422, ce qui n'est pas sans intérêt, et bien loin d'être la norme...

    L'autonomie de la batterie LP-E6N est honorable (ça part beaucoup moins vite qu'avec une BMPCC4K, mais il faudra certainement en prévoir plusieurs), le boîtier ne dispose que d'un unique slot carte SD, ce qui est à mon avis pas si dramatique que cela (même si on aurait préféré en avoir deux). À priori, on arrivait à travailler avec le 5D Mk II ou le 7D.

    Pour en finir à ce sujet, notons la présence d'un volet de protection sur le capteur, qui, à chaque mise hors tension, viendra automatiquement sécuriser ce dernier. À priori, si ça ne vient pas à inopinément tomber en rade, c'est plutôt une bonne idée.


    Le capteur et le crop factor


    L'EOS R est doté d'un capteur CMOS 24×36 mm de 30,3 millions de pixels effectifs, celui du 5D Mk IV, légèrement amélioré (dans la gestion du bruit dans les basses lumières, enfin, il semblerait).

    Illust_012.jpg

    Il existe plusieurs méthodes pour ramener le signal généré à la résolution utile (4K UHD). Le mise à l'échelle du tout (oversampling) est certainement une des meilleures, ça permet de profiter de la totalité des cellules photosensibles du capteur. Ce n'est pas celle retenue par Canon sur cette machine. Effectuer cette mise à l'échelle en temps réel nécessite une certaine puissance embarquée, qui, probablement, n'était pas compatible avec le tarif de commercialisation envisagé par Canon.

    L'abandon de lignes (line skipping) est une des pires méthodes (il suffit de regarder une vidéo issue d'un 5D Mk II), le pixel binning donne des résultats plus ou moins bons (jamais excellents), à évaluer, selon.

    Une autre façon de faire, c'est de construire directement un capteur FF adapté à la résolution vidéo, avec de bons gros photosites, donc, moins nombreux. C'est ce genre de capteur dédié qu'on peut trouver sur une Sony A7SII ou un Panasonic GH5S. Cela fonctionne plutôt bien, mais le problème, c'est que notre appareil photo est maintenant une caméra vidéo, qui propose donc des photos bien petites... 12 mégapixels, ça ne fait pas vraiment rêver un photographe... Et il me semble que la majorité des utilisateurs souhaitent faire des photos, et des vidéos, avec la même machine.

    Canon a donc fait le choix de n'utiliser qu'une partie de la surface du capteur, la surface utile à l'UHD 4K (ce qui évite ainsi de traiter la problématique de la mise à l'échelle). L'avantage c'est que c'est simple à mettre en œuvre, ça permet au boîtier photo, ben, de faire de la photo. ;)

    Le soucis c'est qu'en vidéo, on ne va pas profiter de la totalité de la dynamique et de la sensibilité du capteur Full Frame (puisqu'on en utilise qu'une partie).

    Cela va aussi impacter le cadrage, via un crop factor de 1,75 (pas 1,7, pas 1,74, pas 1,83 : https://www.the-digital-picture.com/News/News-Post.aspx?News=28625). On peut donc dire, en pratique, que l'on va filmer plutôt en Super35 (un petit S35), et faire de la photo en Full Frame.

    Est-ce grave ? Pas forcément. Une grande majorité des films à destination du cinéma ont été, et sont toujours produits dans ce format. Si Ridley Scott, David Fincher et Martin Scorsese ont réussis à vivre avec, on peut imaginer que ça ne devrait pas trop limiter notre créativité. Bien évidemment, si on souhaitait absolument tourner en Full Frame, avec les cadrages et la gestion de la profondeur de champ que ça implique, c'est une machine à complètement oublier. Mais tout le monde ne tient pas forcément à réaliser son remake perso de The Revenant, et, il me semble que , dans la grande majorité des cas, filmer en Super35 ira bien.

    À ce sujet, je recommande de regarder la conférence de Danys Bruyère, « La caméra numérique et son incidence sur l’esthétique du cinéma », en entier, mais sur cette question plus particulièrement, vers 1h47. Il évoque donc le cas de The Revenant, puis il compare les capteurs FF au S35, via des tests vidéos (Alexa, Venice, Monstro, Alexa65, etc.). C'est plutôt très intéressant, notamment en ce qui concerne la relation à l'arrière plan.

    Concrètement, d'après le constructeur, en 4K UHD, on dispose de 11 diaphs de dynamique, le natif du capteur étant 400 ISO (en Clog). Ce qui n'est pas foufou, d'accord, mais ça reste plus qu'honorable.

    Le lab du site Cinema5D mesure la dynamique de l'EOS R à 10,7 diaphs « utiles » en UHD (je vous recommande de regarder le film de Johnnie Behiri, c'est un bon moyen de se faire une idée - j'ajoute qu'il y a une petite erreur dans l'article de Cinema5D, l'EOS R ne dispose pas du Clog3, même en 10 bit via enregistreur externe, juste du Clog). Le même lab mesure la dynamique de l'A7SII à 10,6 diaphs « utiles ». Celle du Gh5s étant de 10,7 stops. On peut dire que le choix du crop n'est pas si infamant que cela...

    La différence se fera donc principalement sur la sensibilité (avec l'EOS R, en vidéo, on peut envisager 3200/6400 ISO sans trop se poser de questions), l'A7SII (et probablement l'A7III) sera meilleur (mais est-ce qu'on vraiment besoin de tourner à 12800 ISO et plus ?).

    Comme déjà souligné, ça impactera aussi les focales (on tournera avec une PDC de Super35), et il faudra donc s'équiper d'une zoom APS-C pour retrouver un transtandard versatile proposant du grand angle. Cela tombe bien, l'EOS-R est compatible avec les optiques EF-S.

    Puisqu'on parle du capteur, il est bon de souligner que le rolling shutter est malheureusement assez prononcé sur cette machine.

    En résumé, sauf si on tenait vraiment à tourner en Full Frame, le recadrage en UHD, ce n'est pas vraiment un problème. Seuls ceux qui pratiquent simultanément la photo et la vidéo (et je ne sais pas comment ils font !) pesteront (les cadrages proposés dans les différents mode n'ayant rien à voir).

    Il reste à souligner qu'on peut tourner sans crop (en FF donc), en Full HD (je ne connais pas la méthode retenue, probablement du pixel binning ou du line skipping), la qualité me semble honorable, même s'il est probablement plus judicieux de tourner en UHD (et de s'occuper de la mise à l'échelle en postproduction).

    Le Clog et le codec


    On peut regretter que l'EOS-R ne dispose pas du Clog3, mais compte-tenu du choix technique retenu (le crop), la dynamique résultante n'aurait probablement pas permis d'en profiter (notons tout de même que le Clog est une courbe pensée pour le 8 bit, on aurait certainement gagné à bénéficier du Clog 3 en 10 bit 422 via la sortie externe).
    Le Clog fonctionne bien et est plutôt simple à mettre en œuvre (ce n'est pas une courbe très agressive, on peut même légèrement sous-exposer sans trop le regretter). Le boîtier propose une sorte de LUT pour aider à l'exposition (view assist), c'est basique mais fonctionnel.

    Le codec interne est du 8 bit 420, assez similaire au MP4 que l'on peut trouver sur C200/C300 Mk II. Son débit est très important (il faut une carte SD qui suit), en ALL-I, on peut tourner à 480 Mbps. Il y a donc de quoi faire (à titre d’exemple, le 8 bit 420 d’une C200, c’est 160 Mbps. Le 10 bit 422 d’une C300 Mk II, c’est 410 Mbps). Toutefois, surtout en CLog, on aura tout à gagner à utiliser un enregistreur externe, et à tourner en 10 bit 422 (si on cherche l'excellence plutôt que le très bien).

    Je regrette que le gamma Wide DR ne soit pas présent sur cette machine (peut-être lors d'une prochaine mise à jour). Dans le même esprit, il n'est pas possible de réellement tourner en 4K, seule la résolution UHD est disponible (c'est dommage, c'est pourtant possible avec le 5D Mk IV).


    La stabilisation et l'autofocus


    Si le capteur n'est pas stabilisé optiquement (IBIS), ce qu'on peut regretter (même si de temps en temps, avec cette technologie, on obtient des résultats étranges et totalement irrattrapables en postprod – on se parle ici « tournage à l'épaule », en photo, le problème ne se pose bien sûr pas), il dispose de deux niveaux de stabilisation logicielle. Cela fonctionne plutôt bien, c'est assez naturel. À mon avis, on est sur quelque chose de comparable avec ce que propose la Canon XF705.

    Attention, le niveau le plus poussé entraîne un recadrage très important (on tourne plus en M43 qu'en Super35), une dégradation de l'image, ainsi qu'un lag lors du tournage (un petit retard d'affichage, qui s'avère assez gênant).

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    Entre la stabilisation optique présente sur la plupart des objectifs Canon, et la possibilité d'utiliser facilement un gimbal avec ce type de machine, l'absence de l'IBIS ne me semble pas être rédhibitoire.

    L'autofocus, que ça soit en photo ou en vidéo est excellent. La détection de phase est disponible sur la quasi totalité du capteur (100 % verticalement, à 88 % horizontalement), on se parle de 5,655 points sélectionnables (il faut vraiment des petits doigts !), et fonctionne bien en basse lumière (Canon affirme -6 EV, ce qui est certainement vrai à condition d'être à F1,2).

    Avec le DPAF, on peut enclencher la détection des visages, de l’œil, réaliser du tracking subject, régler sa réactivité, sa vitesse, tout cela fonctionne fort bien, dans la plupart des cas on peut compter sur la qualité des automatismes. Pour ceux qui préfèrent faire le point à la main, le guide de mise au point est tout simplement incontournable.

    Choisir son collimateur via l'écran tactile est vraiment très agréable, c'est bien plus efficace et pratique que de tenter la même opération avec un joystick (surtout en vidéo). À ce sujet, on est dans le fonctionnement d'une C200 ou d'une XF705 (donc, je ne vais pas en rajouter, l'information est largement disponible en ces lieux).


    Les menus et les petits loupés


    Les menus sont bien organisés, lisibles et explicites, et il est facile de les personnaliser, d'attribuer des fonctions.

    Si on peut utiliser le Peaking et afficher l'histogramme durant l'enregistrement, on regrettera l'absence de Zebra, et, plus grave, l'impossibilité de pouvoir réaliser un expand focus pendant que l'on tourne. C'est vraiment dommage (ça me rappelle la C300 Mk II), j'espère que ça sera corrigé un jour.

    Moins grave, l'indicateur d'exposition disparaît au bout de quelques instants, lors de l'enregistrement... Espérons que ce sera vite corrigé...

    Comme je l'évoquais, je regrette que la focale utilisée sur un zoom ne soit pas affichée dans l'OSD (ce qui, pour le coup, fait un point commun avec la XF705). Dans le même esprit, la balance des blancs automatique ne propose pas la mesure en Kelvin (ce qui fonctionne pourtant bien avec la XF705 et les caméras EOS C), mais c'est un petit détail (on peut bien sûr attribuer des Kelvin, mais pas se servir de l'automatisme pour réaliser une mesure en temps réel). Notons qu'on peut attribuer des Color Correction (magenta/green) à la balance des blancs, ce qui peut s'avérer très pratique.


    Conclusion


    J'ai eu l'occasion d'utiliser deux fois l'EOS-R sur des tournages, en caméra secondaire. J'ai été plutôt agréablement surpris par la qualité délivrée, et la simplicité de mise en œuvre de la machine. C'est pourquoi j'ai eu envie de creuser un peu plus la question (j'ai probablement trouvé qu'il se faisait lyncher un peu trop gratuitement).

    Bien sûr, pour le même prix, on peut trouver des spécifications, qui, sur le papier, sont plus alléchantes. Je pense en particulier à l'A7III. En photo, la rafale sera meilleure (elle est un peu anémique sur l'EOS R, c'est une machine à éviter si on aime photographier du sport), en vidéo, la sensibilité sera supérieure (et peut-être même, un peu, la dynamique, un petit brin on dira). On pourra tourner en Full Frame si on le souhaite. Dès lors, pourquoi se tourner vers une machine juste très honorable (et même un peu plus), comme l'EOS R ?

    Je vous invite à regarder la vidéo suivante, afin de constater que la différence n'est peut être pas si évidente que cela : https://www.youtube.com/watch?v=jL7YojU2LFE (par exemple, à 7:42, on peut regarder ce qu'il se passe avec les hautes lumières, les tons chairs, le rendu général). La version du deuxième youtubeur est ici : https://www.youtube.com/watch?v=bwZ9tCcGNFw.

    Autrement dit, ce qui compte, c'est le résultat, pas la liste des spécifications.;D

    Il me semble que la caméra parfaite n'existe pas, qu'il est nécessaire de faire avec un ensemble de compromis. À titre personnel, je préfère, et de loin, disposer d'un écran rotatif, d'un vari-ND interne, et d'une sortie HDMI 10 bit 422, plutôt que de pouvoir tourner en FF ou à 25600 ISO. La caméra sera beaucoup plus efficace, adaptable, et tant pis si je dois vivre avec 400 ISO natif et 11 diaphs de dynamique. Avec la bague porte-filtre et le vari-ND, l'EOS R a tout d'une « petite » C200, à un coût bien inférieur.

    Et je ne suis pas le seul à le penser : https://www.cinema5d.com/canon-eos-perfect-camera-c200-shooters/ (c'est un exemple parmi d'autres, peu à peu, Youtube tend à réhabiliter la machine...).

    Faire ce choix c'est aussi la possibilité de profiter d'un parc optique vraiment vaste (ça va de l'optique APS-C pas cher au zoom cinéma Canon extrêmement dispendieux) et des innovations à venir en RF (RED a d'ailleurs fait le choix de cette monture pour sa prochaine Komodo https://www.repaire.net/forums/articles/red-devoile-un-peu-sa-komodo.884/).

    Reste la question de la « color science », c'est avant tout une histoire de goûts, donc, ça reste très personnel. Pour ma part, j'aime bien le rendu des images réalisées avec l'EOS R, sa gestion des hautes lumières (« highlight rolloff »). C'est important, je crois, de bien aimer le rendu de la caméra avec laquelle on tourne.

    Bien sûr, si l'ISO natif de l'EOS R était de 800, qu'il offrait 15 diaphs de dynamique (en oversamplant depuis 8K), le Clog2 et le Clog3, disposait de deux slots SD, d'un capteur IBIS, et proposait du Cine Raw Light et le Wide DR, ce serait encore mieux. Toutefois, en l'état, c'est déjà pas mal du tout, et ça mérite, je crois, de ne pas l'évacuer trop rapidement des choix possibles...

    On verra ce que proposera Canon à l'avenir, et à quel prix cela sera mis sur le marché. Pour l’instant on ne peut que constater que la nouvelle C500 Mk II n’a pas sauté le pas de la monture RF (certainement que ça n’aurait pas été possible de pouvoir la changer pour du PL, ou, plus simplement, il est possible que les doubles tourelles des filtres ND de la gamme Cinéma EOS occupent un peu trop d’espace…).


    Greg


    Les « plus »
    • le filtre V-ND interne
    • l’écran orientable (et tactile)
    • la sortie HDMI 10 bit 422
    • le Dual Pixel Autofocus
    • la compatibilité EF/EF-S
    • le Clog

    Les « moins »
    • le prix du filtre V-ND interne
    • pas de Wide DR
    • le rolling shutter
    • pas de 50P en UHD
    • pas de « magnify » possible durant l’enregistrement !


    Remerciements

    Un grand merci à toute l'équipe du Repaire, pour le soutien et la relecture attentive, à Canon France, pour nous avoir mis à disposition le 28-70 mm F2 L USM, ainsi que la bague porte-filtre vari-ND. Enfin, merci à Manu, qui a consacré du temps à réaliser ces essais, et m'a gentiment prêté son boîtier.


    Remarques :

    Il n'est pas possible d'appliquer cette analyse au Canon EOS RP, tant le constructeur a fait des choix étranges et difficilement acceptables (Dual Pixel Autofocus non disponible en UHD, notamment, voir ici : https://www.repaire.net/forums/articles/canon-eos-rp-full-frame-en-photo-aps-c-en-video.813/).

    Si on a aucun intérêt pour la photo FF, il est tout à fait raisonnable de se tourner vers un hybride ou DSLR APS-C, certains sont remarquables (Sony Alpha 6400/6500, Fujifilm X-T3, peut-être le Canon 90D). Pour ma part, je considère que cela a du sens de vouloir photographier en plein format, et tourner en Super35, mais c'est quelque chose de vraiment très personnel.

    Images

    1. Illust_01_bis.jpg
    2. Illust_017.jpg

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