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Les ISO en vidéo : le guide complet !!

Les ISO, ISO natif, Dual native iso, mode EI : enfin tout comprendre, savoir exploiter au mieux et éviter les erreurs lors du tournage

Publié par GRG le 10 Mai 2020 dans Tutos
► Commentaires 2
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    Vues : 2 167
  1. GRG
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    L'idée ici, outre s'occuper positivement durant le confinement, c'est de tenter de faire (définitivement ?) le tour de cette question, d'évoquer différents fonctionnements, selon le matériel concerné, de souligner quelques implications concrètes. J'ai demandé à Forest (@Forest Finbow) de bien vouloir m'aider dans cette entreprise, il a gentiment accepté.

    Iso natif ? définition !


    ISO natif, ISO base, ISO nominal, tout cela, c'est la même chose, et Forest me glisse qu'on devrait d'ailleurs nommer cela : Recommended Exposure Index (REI).

    Histoire de rester simple, pour la suite de cette chronique, on va tout de même s'en tenir à la terminologie la plus répandue, c'est-à-dire l'ISO natif.

    On pourrait dire que l'ISO natif, c'est, pour un gamma donné, une répartition de la dynamique considérée comme optimale par le constructeur du capteur, avec le meilleur rapport signal/bruit possible.

    Il est donc très important de comprendre que sur une même machine, l'ISO natif ne sera pas le même, selon le gamma sélectionné.

    Par exemple, sur une Sony FS5, l'ISO natif en Cinegamma 4 sera de 800 ISO. En Cinegamma 1, il s'agira de 640 ISO. En S-Log 2, il sera de 2000 ISO. Et de 500 ISO en Cinegamma 2.

    Un autre exemple, sur un Canon 5D Mk IV, en BT. 709, l'ISO natif sera 160 ISO, alors que si on tourne en Canon Log, il sera de 400 ISO.

    C'est fonction du capteur, ainsi un Sony RX100 Mk IV n'aura pas le même ISO natif en S-Log 2 (1600 ISO) qu'une Sony FS7 (2000 ISO).

    Pareil chez Canon, avec une C100 Mk II, l'ISO natif en CLog est 850 ISO, alors qu'il sera, pour ce même gamma, de 400 ISO sur une Canon C300 Mk II.

    Toutes ces informations sont généralement proposées dans la documentation de la caméra.

    Remarquons que Sony propose une « astuce » intéressante à ce sujet, sur les produits qui peuvent basculer l'affichage ISO/Gain : si on est à 0 dB, on se trouve à l'ISO natif impliqué par le gamma sélectionné (attention, cela ne fonctionne pas pareillement chez d’autres constructeurs).

    L'important c'est de comprendre que la notion d'ISO natif ne peut être décorrélée de la dynamique proposée, par le gamma impliqué.


    On peut bien sûr modifier ce réglage ISO lors du tournage.

    Comme rien n'est simple, modifier l’ISO n'entraînera pas du tout le même résultat, selon le fonctionnement de la machine concernée : toutes les caméras et les appareils photos (qui filment) ne fonctionnent pas du tout de la même façon à ce sujet.

    Sur certaines machines, la modification de la sensibilité se fait via du "gain numérique", sur d'autres, uniquement via du "gain analogique", et enfin, parfois, il s'agit d'un savant mixage des deux.

    On peut dire que le seul point commun, et cela ne surprendra personne, c'est que plus on grimpe dans les ISO, plus le bruit est prononcé.


    Le gain numérique : Exposure Index


    Ce mode de fonctionnement concerne des caméras comme par exemple la RED DSMC2 Dragon-X, la Sony FS7 (ou la PMW-F5/F55), La Blackmagic URSA Mini Pro G2 ou l'Arri Alexa (avec une nuance pour cette dernière, on y reviendra un peu plus tard).

    Pour ces machines, lorsque l'on change le paramètre ISO, le signal issu du capteur n'est ici pas modifié par un circuit de gain analogique (du courant électrique), il reste exactement le même : le fonctionnement du capteur, ses performances, ne sont donc pas du tout impactées par un changement des ISO.

    En effet, le DSP (Digital Signal Processor) va se contenter d'appliquer du gain numérique sur le signal reçu via le convertisseur analogique/numérique, éventuellement, si besoin, du gain numérique négatif.

    Cette correction d'exposition est comparable (bien sûr, il faut aussi tenir compte du gamma) à celle qu'on peut effectuer en post-production, par exemple dans Premiere / Lumetri, un Resolve, voire, un Photoshop. On va tirer sur le signal, ou au contraire, l'enterrer...

    Analogie avec l'argentique


    Ce fonctionnement se veut similaire à ce qu'on pouvait faire avec le film. On chargeait une pellicule dans le magasin de la caméra (et on ne la changeait pas à chaque plan), qui proposait une certaine sensibilité (par exemple 500 ASA).

    Par la suite, lors du développement, on pouvait très bien dépasser les recommandations du fabricant (en laissant le film plus longtemps dans la chimie), pour « pousser » (Push) la pellicule, ou, au contraire, la sortir du bain plus rapidement que préconisé, autrement dit, « tirer » (Pull) la pellicule, c’est à dire la sous-développer.

    Cette étape de laboratoire peut donner l’impression qu’elle n’est utile qu’en cas de problèmes à la prise de vue, afin de corriger des soucis d’exposition, mais en réalité, la plupart du temps, cette décision est prise en amont, lors du tournage.

    Face à un manque de lumière, un chef opérateur peut décréter qu’il va poser son négatif 500 ASA à EI 1000. Il programme sa cellule pour calculer l’exposition avec un film qui serait sensible à 1000 ASA et fait son diaph en conséquence. Le deuxième assistant prendra soin de préciser cette information sur la boîte de rushes pour prévenir le labo que cette bobine doit être sur-développée.

    On dit dans ce cas que le négatif a été « sous-exposé », il a reçu moins de lumière que ce que le fabricant recommandait. Le contraire est également possible, un chef op peut décider au tournage de « surexposer » son négatif et prévenir le labo que ce dernier doit en conséquence être sous-développé.

    Déplacement de la dynamique


    En film, comme en EI numérique, l’usage de cette technique permet en réalité de déplacer la dynamique vers les hautes ou les basses lumières,

    donc, à optimiser la latitude du capteur ou de la surface sensible en fonction de la dynamique de la scène à exposer.

    Si un négatif est sous-exposé, il va encaisser confortablement plus de hautes lumières, au coût d’un grain plus fort, particulièrement dans les ombres.
    Si au contraire, il est surexposé, il risque de souffrir sur les zones trop claires, mais les ombres seront bien définies et le grain quasi inexistant.

    Il est important de comprendre que c’est la relation entre la modification d’exposition au tournage (le diaph choisi) et la modification du développement du négatif (le changement d’EI donc) qui produisent ce décalage. L’un compensant l’autre.

    On ne peut pas faire ce choix à l’aveugle, il faut soit mesurer à la cellule, soit monitorer avec une LUT qui applique le changement d’EI pour que le diaph soit ajusté en conséquence.

    Répartition de la dynamique par ISO


    On peut regarder comment ça fonctionne exactement, par exemple avec une URSA Mini Pro

    BlackMagic-URSA-Mini-Pro---répartition-dynamique-par-ISO.jpg
    En Blackmagic Design Film (Log), la sensibilité native de la machine est de 800 ISO. Ce qui implique une répartition de la dynamique de 5,9 diaphs au dessus du gris moyen (18%), et de 8,8 diaphs en dessous.

    Si on change le réglage ISO, par exemple en choisissant 200 ISO, on va déplacer notre latitude, consacrer une part plus grande de la dynamique aux basses lumières (10,8 diaphs), et en avoir moins de disponible pour les hautes lumières (3,9 diaphs). Deux diaphs de moins donc, pour les hautes lumières, et deux diaphs de plus, à consacrer aux basses lumières, pour obtenir plus de détails dans les ombres.

    Inversement, si on grimpe à 3200 ISO, on disposera de deux diaphs de plus pour les hautes lumières, et de deux de moins pour les basses lumières (par rapport au REI, à l'ISO dit natif, 800 ISO donc).

    Cela fonctionne pareillement avec une Arri Alexa (en Arri Log C, le natif est 800 ISO) :

    Arri-Alexa_Arri-Log-C_répartition-dynamique-par-ISO.jpg


    ou avec une RED Dragon-X (en REDlogFilm, le natif est 800 ISO).

    RED-Dragon-X-répartition-dynamique-par-ISO.jpg

    C'est exactement la même chose avec une Sony FS7, qui fonctionne comme la F5 (le natif en S-Log 2 ou 3 est 2000 ISO, on notera que c'est différent pour la F55) :

    Sony-F55-F5-répartition-dynamique-par-ISO.jpg


    Note de Greg : Sony est le seul constructeur qui a opté pour une sensibilité, on dira, relativement « élevée », en ce qui concerne cet ISO natif, ce qui n'est pas forcément heureux (quitte à disposer du même négatif pour tourner en extérieur et en intérieur, il me semble qu’une option vers les 800 ISO est un compromis plus raisonnable – j'ai toujours eu du mal avec cet ISO natif, bien trop élevé à mon goût. J'en ignore la raison (une trop grande confiance dans la qualité de leurs capteurs ?). Toujours est-il, et on le verra plus loin, que le constructeur est depuis revenu vers des valeurs similaires à celle de la concurrence...


    On peut donc dire que ces caméras sont chargées avec un seul et unique négatif, à laquelle on applique du gain numérique, des corrections d'exposition, des "Exposure Index".

    Comment exploiter les Exposure Index au tournage


    Concrètement cela implique tout plein de choses intéressantes.

    La première, c'est que si on tourne une scène low-key (intérieur nuit, par exemple), on peut avoir intérêt à descendre dans les ISO, afin de consacrer une part plus grande de notre dynamique, aux basses lumières : il y aura ainsi moins de bruit dans les noirs.

    Cela peut sembler contre-intuitif, mais c'est bien ainsi que ça fonctionne (à la condition que les hautes lumières ne soient pas trop présentes, bien sûr).

    À contrario, grimper dans les ISO, peut-être utile en extérieur jour, éventuellement…

    Le deuxième aspect intéressant, c'est que ce gain numérique, en RAW, est une métadonnée.

    On peut donc la modifier, à loisir, en postproduction. La capteur a de toute façon fonctionné à son ISO (unique) idéal (par exemple 800 ISO pour la RED Dragon-X), même si on a sélectionné 640 ISO lors du tournage. C'est une bonne technique pour se prémunir d'une trop grande sous-exposition (puisqu'on a en réalité tourné à 800 ISO), et c'est beaucoup plus agréable que de surexposer et de se faire des nœuds au cerveau pour imaginer ce que ça donnera, une fois l'expo rectifiée en post-prod.

    En Log, les fichiers seront livrés, selon la machine et le constructeur, de façon un peu différente.

    Sur certaines caméras de cinéma Sony, la correction d’exposition numérique ne sera pas appliquée. Ainsi, même si on a tourné à 500 ISO avec une PMW-F5, le fichier sera livré à 2000 ISO. Il faudra donc appliquer la correction d’exposition, celle décidé sur le tournage, lors de la postproduction.

    Les Alexa, les RED en IPP2, ainsi que les caméras Canon livrent le Log déjà modifié, avec la correction d'exposition, le gain numérique appliqué. Pour ces machines, c’est donc « cuit » dans le codec, les changements d’avis ne seront pas sans conséquences…

    La Sony FS7 pour sa part laisse le choix dans le menu : L’EI peut être appliqué ou pas sur le signal Log enregistré.

    La troisième et dernière chose que ça implique, c'est que si on veut user de la technique dites de l'exposition à droite (ETTR), qui consiste à surexposer pour nourrir les basses lumières, puis rectifier en postproduction, il n'y pas d'intérêt à le faire en grimpant dans les ISO.
    Ce serait contre-productif de consacrer moins de dynamique aux basses lumières....Il faudra ouvrir le diaph (ou utiliser plus de lumière).

    Une autre voie : le gain analogique


    Au début des années 2010, on s'est rendu compte du côté des fabricants que le "gain analogique" (la modification du signal issu des photosites via un changement du voltage, une amplification électrique, avant la "traduction" en numérique du signal), qui, au départ, était franchement moche et entraînait même une diminution de la dynamique disponible (Betacam SP, DV/HDV, etc.) pouvait donner de très bons résultats, lorsque la technologie était bien maîtrisée.

    Arri s'en est emparé dès avril 2010 avec la mise en place d'une architecture utilisant cette technologie au sein du capteur de l'Alexa (ALEV III) : le « Dual Analogic Gain ».
    Illust_08.jpg
    Dans un Exposure Index donné, le signal est ici une combinaison de deux lectures du capteur, à deux niveaux de courant électrique différent (high gain et low gain). C'est en quelque sorte du dual ISO natif avant l'heure. Concrètement, ça permet de profiter d'un grain bien plus harmonieux, et d'une grande latitude de pose.

    En 2013/2014, Shane Hurlbut utilise des C500 sur Need For Speed, pour son tournage de nuit. Il remarque que les C500, qui font largement usage du "gain analogique", à 4000 ISO, ne sont pas plus bruitées que les Alexa à 800.

    On peut aussi évoquer le Sony A7S, sorti en 2014, qui, à ce niveau, a largement fait ses preuves.

    On peut dire que le bruit numérique est beaucoup moins harmonieux que le bruit analogique, ce dernier est, fort logiquement, plus « organique ».

    Chez Panasonic, RED, Blackmagic et Sony, on a fait ce même constat. D'où l'idée du Dual native ISO (ou double ISO natif).

    Note : si à ce stade de votre lecture, vous avez quelques vertiges, un peu de sang dans les oreilles, c'est tout à fait normal, et ça n'a rien à voir avec la situation actuelle. On vous recommanderait bien d'aller faire un tour pour vous aérer un peu, mais ce ne serait pas forcément raisonnable...

    Le gain analogique : Dual native ISO


    Ici on se parle de machines telles que la Panasonic VariCam (mais aussi de l'EVA-1), la RED DSMC2 Gemini, la Sony FX9 (et la Venice), et la Blackmagic Pocket Cinema Camera 4K/6K.

    Le signal issu du capteur est amplifié par du courant électrique, du gain analogique, pour ce qui est des deux ISO concernés, et seulement ceux là.

    Concrètement cela va impacter la sensibilité, la nature du bruit. Si on compare les deux ISO natifs, donc deux niveaux d’amplifications analogiques, deux niveaux de voltage différents, la répartition de la dynamique restera la même, et les ISO intermédiaires seront obtenus via du gain numérique (des corrections d’expositions, exactement comme dans le fonctionnement EI).

    Autrement dit, on peut dire qu'on dispose maintenant, dans une une même caméra, de « deux pellicules ». Et on appliquera, en baissant ou diminuant l’ISO à partir de l’ISO natif sélectionné, une correction d'exposition numérique (gain numérique ou EI) à ces deux états, exactement comme expliqué précédemment.


    Regardons comment ça se présente avec une Sony Venice :


    Illust_05.png

    On constate qu'on a exactement la même répartition de la dynamique, que ce soit à 500 ISO (premier ISO natif, en S-Log 3) ou à 2500 ISO (second ISO natif, en S-Log 3).

    Donc, 6 diaphs au dessus du gris neutre (18%), pour les hautes lumières, et 9 diaphs en dessous, pour les basses lumières.

    Le signal a juste été amplifié analogiquement (plus de courant), ce qui se traduira forcément par une augmentation du bruit (donc, un moins bon rapport signal/bruit) sur l'ISO le plus élevé (qui restera tout de même très propre, compte tenu des performances du capteur et de la bonne gestion de cette problématique pour ce constructeur, et d'autres).

    Les ISO intermédiaires seront le fait du gain numérique, caractérisé par un déplacement de la dynamique, vers les hautes ou les basses lumières.

    C'est bien sûr aussi le cas de la Sony FX9 (800 ISO/4000 ISO en S-Log 3) - Note de Greg : on remarquera qu'ils se sont calmés, chez Sony, sur la course aux ISO base élevés...

    Le fonctionnement est similaire avec une RED Gemini (800 ISO/3200 ISO), une Panasonic VariCam (800 ISO/5000 ISO, 800 ISO/2500 ISO pour l'EVA-1), une BMPCC6K (400 ISO/3200 ISO).


    dual-native-iso-1.jpg


    dual-native-iso.jpg


    Implications concrètes lors du tournage


    Concrètement, cela veut dire que pour une scène de nuit, on pourra faire le choix de l'ISO natif le plus élevé, la part de la latitude consacrée aux basses lumières restera la même.

    Dans le cas d'une scène low-key, on pourra éventuellement, quand la caméra le permet (mode EI), aussi faire le choix de baisser les ISO, pour tourner « sous le natif ».

    La nature du RAW sera impactée uniquement par le choix d'un des deux ISO natifs. Les corrections d'exposition (le gain numérique) resteront des métadonnées, librement modifiables en post-production.

    Bien sûr, si on est pas en RAW, l'impact du gain numérique appliqué par le DSP peut être définitif, selon les machines, le mode d’enregistrement choisi, le signal vidéo peut se voir altéré....

    On dispose donc d'une bien plus grande liberté avec ce genre de fonctionnement, et le résultat est bien meilleur, quant à la nature du bruit, si on tourne à ISO élevé.

    En ce qui concerne l'exposition « à droite » (ETTR), on ne pourra pas vraiment faire autrement que de jouer sur le diaph (ou rajouter de lumière), une fois le choix de l'ISO natif approprié effectué.

    Gain analogique + gain numérique (EI), un fonctionnement hybride


    C'est le choix de Canon, pour sa gamme Cine EOS.

    Sur une C700, une C500 Mk II, une C300 Mk II, une C200, en CLog 2 ou CLog 3, l'ISO natif est 800 ISO (sur C300/C100 Mk II, c'est similaire, 850 ISO en CLog).

    Sur ces caméras, si on monte l'ISO au-dessus du natif, ça se traduira par une amplification électrique du signal issu du capteur.

    La répartition de la dynamique restera constante, et seul le rapport/signal bruit se dégradera.

    Autrement dit, on peut dire que dans une seule et même caméra, on dispose de tout un tas de « pellicules » : 800 ISO, 1600 ISO, 3200 ISO, 6400 ISO, 12800 ISO, 25600 ISO, 51200 ISO et 102400 ISO.

    Les ISO intermédiaires (par exemple 2000 ISO) seront eux la conséquence d'une correction d'exposition (EI), donc du gain numérique (et éventuellement d'un gain négatif).

    Sur cette illustration issue du « white paper » de la C300 Mk II :

    C300-schema-capteur-signal.jpg

    on constate que le réglage des ISO s'opère à la fois en amont du convertisseur analogique/digital (c'est le gain analogique, du courant électrique) et en aval de ce dernier (c'est du gain numérique).

    En dessous de l'ISO natif (800 ISO en CLog2 /CLog3 donc), seul le gain numérique va opérer. On se retrouve donc dans un fonctionnement EI. La caméra tourne à 800 ISO, mais applique une correction de « tirage » sur le signal, du gain numérique négatif.

    Répartition de la dynamique selon les ISO


    C300-mark-II_répartition-dynamique-par-ISO.jpg

    En Canon Log 2, la sensibilité native de la machine est de 800 ISO. Ce qui implique une répartition de la dynamique de 6,3 diaphs au dessus du gris moyen (18%), et de 8,7 diaphs en dessous.

    Si on change le réglage ISO, par exemple en choisissant 100 ISO, on va déplacer notre latitude, consacrer une part plus grande de la dynamique aux basses lumières (10,7 diaphs), et en avoir moins de disponible pour les hautes lumières (3,3 diaphs). Trois diaphs de moins donc, pour les hautes lumières, et trois diaphs de plus, à consacrer aux basses lumières.

    Inversement, si on grimpe à 3200 ISO, on disposera de la même dynamique qu'à 800 ISO. Pareil à 6400 ISO, pareil à 12800 ISO (le bruit augmente, bien sûr).

    Concrètement, en dessous de 800 ISO, on fonctionne en gain numérique (EI), comme une FS7 ou une Alexa, et à partir de 800 ISO et au dessus, on est en gain analogique (éventuellement combiné avec du gain numérique).

    Implications concrètes au tournage


    Ainsi on va pouvoir exposer une scène low-key en jouant sur les ISO, pour consacrer une part plus importante de la dynamique aux basses lumières. Par exemple en tournant à 400 ISO (en réalité, la caméra fonctionnera à 800 ISO, et appliquera une correction d'exposition, du gain numérique négatif, - 1 diaph).

    Ou, tout au contraire, on pourra exposer à droite (ETTR), en jouant sur la montée en ISO (bien sûr, ouvrir le diaph et/ou ajouter de la lumière fonctionne aussi). Comme, au dessus de 800 ISO, la répartition de la dynamique reste la même, on peut en jouer, ça devient un paramètre d'exposition.

    Remarquons que ça fonctionne de la même façon avec un Alpha 7S, et que cela a des conséquences sur le « monitoring », on y revient plus loin.

    À titre d'exemple, si on tourne à 6400 ISO et qu'on applique une correction d'exposition en postproduction, de -3 diaphs, on aura exactement la même image que si on avait tourné à 800 ISO, avec beaucoup moins de bruit dans les basses lumière (grâce au gain analogique).

    La nature du RAW sera affectée par les choix des ISO, s'ils sont le fait du gain analogique (donc, à partir de 800 ISO et au-dessus).
    Les corrections d'exposition, que ça soit pour les valeurs en dessous de 800 ISO (par exemple 200 ISO ou 400 ISO), ou pour les intermédiaires au dessus du natif (2000 ISO, 4000 ISO), seront le fait du gain numérique et donc totalement réversibles (ce sont des métadonnées). En Cinema RAW Light, par défaut, les rushes sont livrés avec les corrections d'exposition décidés lors du tournage. En Log, c’est « cuit » dans le codec.

    Ce qui peut éventuellement poser problème dans ce mode de fonctionnement (qu'on pourrait qualifier de "multi ISO natif"), c’est qu'on ne pourra pas déplacer la dynamique vers les hautes lumières, en augmentant les ISO. On ne disposera donc jamais de plus de 6,3 diaphs au dessus du gris neutre (18%). Mais d'un autre côté, on aura jamais moins de 8,7 diaphs pour les basses lumières.

    On peut certainement imaginer une scène très compliquée, en high-key où on pourrait préférer disposer d'une Venice à 1000 ISO, pour gratter un petit quelque chose dans les hautes lumières, un petit diaph.
    Cela semble peu probable comme situation, et c'est d'ailleurs pourquoi les ISO natifs des machines « dual ISO » proposent une répartition de la dynamique très similaire, mais c'est certainement du domaine du possible...

    Au passage, la C300 Mk III est un peu différente. Canon s’inspire grandement de l’Alexa, en intégrant à ce nouveau capteur, le DGO, Dual Gain Output. Le signal est une combinaison de deux lectures du capteur, à deux niveaux de courant électrique différent (high gain et low gain), ce, pour chacun des ISO natifs de la machine. Il faudra en évaluer l’efficacité, mais, à priori, c’est une très bonne chose. Concrètement cela devrait permettre de mieux tolérer une légère tendance à la sous-exposition, qui caractérise la plupart des chefs opérateurs (qui aiment bien Arri, aussi, et peut-être surtout, pour cela...).


    Gain analogique, et rien d'autre


    C'est le cas de beaucoup d'hybrides ou de DSLR, et même de certaines caméras professionnelles. On peut évoquer l'EOS R ou le 5D MK IV, le Sony A7S II ou l'A7III, le GH4, etc.

    En gros, ça se passe comme avec les Canon EOS C, la montée en ISO a pour conséquence une amplification électrique du signal issu du capteur.

    On peut dire que dans une seule et même caméra, on dispose d'autant de « pellicules » que d'ISO (et donc, c'est, là aussi, un paramètre d'exposition).

    Le problème c'est que le mode gain numérique (EI) n'est pas intégré sur ces machines, cela a pour conséquence de nous empêcher de pouvoir exposer, pour un gamma donné, en dessous de l'ISO natif concerné.

    Par exemple, avec un Canon EOS R, en CLog, on ne peut pas tourner en dessous de 400 ISO (qui est le natif, pour ce gamma, sur cette machine). On ne peut donc pas décider de déplacer la latitude du capteur vers les basses lumières. C'est aussi le cas de la XF705, en CLog 3, qui ne peut pas tourner en dessous de 2,5 dB (probablement environ 125 ISO). Comme on se parle de sensibilité pas très élevée, c'est pas trop un problème (encore que).

    C'est beaucoup plus embêtant avec une Sony FS5. Qui ne dispose pas du mode Cine EI de la FS7. Donc, en S-Log 2, on ne peut pas tourner à moins de 2000 ISO (bon courage pour un intérieur nuit).

    On a le même problème avec le Sony A7S, en pire (on ne peut pas tourner, en S-Log 2, en dessous de 3200 ISO). C'est aussi le cas avec le RX100 Mk IV (pas en dessous de 1600 ISO en S-Log 2). Sur les nouveaux modèles, le constructeur a calmé le jeu (par exemple, avec un A7RII, on est sur 800 ISO en S-Log 2), mais ça reste tout de même pas simple, s'il faut tourner une scène low-key.

    La seule solution, pour ce type de situation (intérieur nuit), si on veut tourner en Log, avec ce genre de caméras, c'est d'exposer à droite (ce qu'on peut faire, soit via une montée dans les ISO, soit par l'ouverture du diaph, ou, bien sûr, l'ajout de lumière pour nourrir les ombres). Cela fonctionne, mais ce n'est pas du tout agréable de devoir en passer par là (regarder des images surexposées, pour un chef op, c'est une forme de torture). Remarquons qu’il est possible d’utiliser une LUT de monitoring sur un écran externe, intégrant une correction d’exposition, afin de s’affranchir de cette limitation.

    On peut trouver cela plus ou moins normal en ce qui concerne les appareils photos. C'est beaucoup plus discutable dans le cas de la Sony FS5... Mais c'est ainsi.

    Conclusion


    Déjà, bravo si vous êtes arrivés jusqu'ici. On espère que vous avez toujours le sourire.

    Il est important de souligner qu'on ne peut pas affirmer avec certitude qu'un fonctionnement est forcément bien supérieur à un autre. En fiction, avec la maîtrise de la lumière, le mode gain numérique / EI seul ne pose aucun problème, si ce n'est éventuellement pour tourner en très basse lumière (le budget éclairage, sur un shooting de nuit, sera nécessairement conséquent).

    Il semble tout de même que le gain analogique (dual ISO ou « multi » ISO) soit la solution à privilégier désormais, à la condition qu'il soit combiné avec le mode gain numérique / EI. Cela permet de s'adapter plus facilement à tout un tas de situations, qu'on peut par exemple rencontrer dans du documentaire, du reportage.

    Le gain analogique seul, pour qui veut tourner en Log (ou en RAW) est certainement la solution la moins agréable et efficace à utiliser, mais, ça fonctionne, si on accepte de ne pas voir ce qu'on tourne (sur le moment), juste de l'imaginer... On pourra se venger lors des night shots, ou utiliser une LUT appropriée, via un moniteur externe.

    Un dernier truc, le type de fonctionnement de ces machines, la relation à la dynamique, à l'ISO natif, ne dit rien de la qualité intrinsèque du capteur, de la nature du bruit proposé : une RED Dragon-X, en gain numérique / EI, ne proposera pas forcément un résultat moins bon qu'un Panasonic GH5S, à son deuxième ISO natif/gain analogique, ou qu'un A7S II.
    Sans même se parler de la nature de la scène à capturer, des réglages effectués...
    De même, une Alexa ne fera pas forcément moins bien qu'une RED Gemini, selon…

    C’est donc très compliqué de pouvoir évaluer la sensibilité d’un capteur, il ne suffit pas de régler les machines sur le même ISO, et de comparer. Il est probable qu’en faisant cela, on ne tire pas pleinement partie d’une des deux caméras.

    Voilà, on espère que tout cela aura un peu occupé vos journées (ou vos nuits).

    N'hésitez pas à poser dans la discussion vos questions concernant votre machine, partager vos propres constations sur son comportement à tel ou tel ISO, et partager votre expérience sur différentes situations de tournage !

    Forest & Greg
    @Forest Finbow / @GRG
    Khronos, bcauchy, nestaphe et 5 autres Repairenautes ont recommandé ce message.

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