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Derrière les mouvements de caméra : lexique et matériel

Chaque mouvement peut être réalisé de multiples façons techniques, d’autant plus aujourd’hui avec la diversification des outils et des supports de tournage.

Publié par Lucas.janiszewski le 11 Février 2026, à 11:17 dans Tutos
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  1. Lucas.janiszewski
    Le mouvement est un véritable outil de narration pour une œuvre, qu’elle soit cinématographique, musicale ou publicitaire.

    Il existe mille et une raisons de choisir un mouvement de caméra plutôt qu’un autre, à tel point qu’il serait bien présomptueux de vouloir en dresser une liste exhaustive dans un seul article. On se penchera peut-être à l’occasion d’un prochain article sur la question artistique et narrative du mouvement en fiction…

    Mais au-delà des enjeux dramaturgiques, chaque mouvement peut être réalisé de multiples façons techniques, d’autant plus aujourd’hui avec la diversification des outils et des supports de tournage.

    C’est précisément l’objectif de ce petit guide.

    Nous nous appuierons sur des scènes cultes comme études de cas, à travers lesquelles nous tenterons de répondre à deux questions :

    • Comment ce mouvement a-t-il été réalisé à l’époque ?

    • Comment pourrait-on le reproduire en 2026 ?
    Cette réflexion nous permettra d’aborder les questions de machinerie et d’explorer les différentes solutions techniques disponibles.

    Mais avant d’aller plus loin, posons les bases : qu’est-ce qu’un mouvement de caméra ?


    La question peut sembler triviale, mais elle mérite que l’on définisse un référentiel commun.
    Un mouvement de caméra consiste à déplacer la caméra dans l’espace (oui, merci Sherlock). Ce déplacement peut s’effectuer selon plusieurs axes:
    • Axe horizontal (x) : gauche / droite

    • Axe vertical (y) : haut / bas

    • Axe longitudinal (z) : avant / arrière

    • Roulis ou roll : inclinaison de la caméra autour de son axe optique
    En combinant un ou plusieurs de ces axes, on obtient ce que l’on appelle un mouvement de caméra.

    Maintenant que les bases sont posées, intéressons-nous à des exemples concrets, à travers quelques scènes emblématiques de l’histoire du cinéma.

    Etudes de cas : les mouvements de caméra d’avant et d’aujourd’hui


    Nous vous avons sélectionné quelques exemples de scènes cultes pour illustrer les mouvements qui y sont associés. Nous passerons sur 5 mouvements principaux, pour lesquels nous décrirons les solutions employées pour les réaliser mais également les outils en notre possession pour les recréer, plus ou moins accessibles.

    Commençons par les mouvements les plus fondamentaux, ceux qui constituent souvent le premier vocabulaire du cadreur : le pan et le tilt.

    Pan et Tilt : le duo classique


    Simples, efficaces, les pan et tilts sont aussi les mouvements les plus évidents. Aucun besoin de beaucoup de machinerie pour les réaliser, un pied une tête fluide et c’est parti.
    Comme ici, avec les Whip Pans de La La Land, sous grande maîtrise du cadreur de renom Ari Robbins.



    Mais évidemment, si on s’attarde autant sur ces deux simples mouvements, c’est aussi pour évoquer des manières plus atypiques, sinon différentes, de les réaliser.

    Derrière la simplicité apparente de ces mouvements se cache une grande variété de solutions techniques, dont certaines héritées de la machinerie classique.

    La tête à manivelle


    Véritable héritage de l’âge d’or d’Hollywood, la tête à manivelle reste aujourd’hui très utilisée pour deux raisons principales :
    - sa robustesse (jusqu’à 75 kg pour une ARRIHead 2)
    - et surtout sa précision et sa fluidité.

    Le mouvement à la manivelle possède une qualité difficilement reproductible par d’autres systèmes : un déplacement parfaitement continu et linéaire, sans à-coups, à condition de s’être acquitté d’un temps d’entraînement suffisant.



    La référence en la matière reste la gamme ARRIHead du constructeur ARRI, mais ProAim propose par exemple des modèles adaptés aux boîtiers hybrides plus légers.

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    A gauche : la ProAim Orion, à droite : la ARRIHead 2

    Une autre manière de se familiariser avec le principe des manivelles consiste à passer par les nacelles gyrostabilisées, ce qui constitue une transition naturelle vers la suite de notre étude.

    Les nacelles gyrostabilisées


    Difficile d’évoquer les mouvements de caméra sans passer par les nacelles gyrostabilisées.
    Désormais omniprésentes sur les plateaux, les gimbals s’adaptent à des configurations de toutes tailles, du boîtier hybride léger à la caméra cinéma montée sur grue ou véhicule.

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    Ici une tête MoVi que nous avions monté sur une véhicule

    Il existe plusieurs manières de les exploiter, mais dans le cadre qui nous intéresse ici, une nacelle peut être utilisée comme une véritable tête pan/tilt motorisée, opérée directement par un cadreur ou à distance.

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    Une commande à manivelles pour la tête Scorpio

    Par exemple, le constructeur DJI propose aujourd’hui plusieurs interfaces de contrôle pour ses nacelles :

    – les Master Wheels, un contrôleur à manivelles inspiré des têtes mécaniques traditionnelles,
    – le joystick, intégré ou déporté,
    – les poignées sans fil Ronin 4D (compatibles avec les gammes RS4 et RS5),
    – et, de manière plus originale, le Force Pro.

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    Ce dernier peut se fixer sur une tête fluide (ou même un épaulière) et permet de reproduire à distance, sur la nacelle, les mouvements effectués par l’opérateur sur le trépied.
    On peut ainsi, par exemple, contrôler une caméra placée en hauteur ou sur une grue tout en conservant un ressenti physique proche du cadrage manuel.

    Dans cette même logique, le Ronin 4D illustre une évolution récente du pan et du tilt motorisés. Pensé comme un système intégré, il combine caméra et nacelle sur quatre axes, et peut être utilisé comme une véritable tête pan/tilt autonome, posée sur trépied ou opérée à distance. Il prolonge ainsi les usages des gimbals traditionnels tout en rapprochant leur ergonomie de celle des solutions de machinerie classique.

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    Et puis finalement, et de manière évidente, en cadrant directement avec le gimbal ou un Ronin 4D à la main.

    Si les pans et tilts déplacent le regard, le travelling, lui, déplace véritablement le spectateur dans l’espace.

    Le travelling : aussi vieux que le cinéma


    Il est fort probable que le travelling soit la première chose qui vous vienne à l’esprit quand vous pensez à un mouvement de caméra. Et c’est normal ! L’héritage historique du travelling est immense, des Western, en passant par le dernier Fast&Furious, ou encore la Nouvelle Vague, tout le monde y est passé.
    Le travelling peut être latéral, mais aussi longitudinal, c'est-à -dire avant ou arrière. Sa plus belle illustration ne peut être que la scène du tricycle de Shining.

    L’émergence du steadicam


    Pour un des séquences les plus connues de The Shining, Stanley Kubrick souhaite un mouvement fluide, en suivi, au ras du sol, avec un dispositif réellement mobile.

    Garrett Brown lui propose alors son invention : le Steadicam, et développe pour l’occasion un mode de tournage spécifique, le low mode.

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    Depuis, le Steadicam s’est imposé comme un outil polyvalent permettant de produire des mouvements fluides, qu’ils soient classiques ou plus organiques, et notamment des travellings continus sans rails.

    Mais historiquement, l’outil principal du travelling reste la dolly.

    La dolly et le plateau de travelling


    Petit point définition.
    La dolly, c’est un chariot (directement traduit de l’anglais), plus ou moins lourd et plus ou moins imposant. Comme fabricants phares on retrouve Fisher, Chapman, GFM ou encore le français Cinesyl.

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    Ci-dessus une Dolly Fisher 10

    La Dolly à l’avantage d’être stable, confortable, mais aussi précise. Elle roule avec ou sans rails, en ligne droite, en arc de cercle, ou en biais, et permet d’emporter des configurations lourdes sur son bras hydraulique à hauteur réglable. C’est un outil de choix pour des projets longs, mais à l’inconvénient d’être lourde (jusqu’à plusieurs centaines de kg), et réservée à la location, dans sa grande majorité.


    Le plateau de travelling est le petit frère de la dolly, il est quant à lui très léger, facile à installer, mais aussi moins fiable car soumis aux vibrations. Il contraint à l’utilisation de rails, ce qui dans le cas d’un long travelling avant ou arrière pose de problèmes de cadre. Mais dans beaucoup de cas son utilisation suffit. Et l’argument praticité, et économie, joue grandement en sa faveur.

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    Formation lumière - 2020

    L’utilisation d’une dolly ou d’un plateau permet d’imaginer des travelings stables, longs et continus. Lorsque la logistique ou l’intention excluent l’usage de ces dispositifs, d’autres approches plus légères s’imposent naturellement.

    L’alternative légère : le slider


    Dans une approche plus compacte, le slider représente une forme réduite mais extrêmement efficace du travelling. Qu’il soit utilisé manuellement ou motorisé, il permet de créer des déplacements courts, précis et répétables, avec une mise en place minimale.
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    Des modèles accessibles comme ceux de Neewer, SmallRig ou iFootage répondent aux besoins de tournages légers, tandis que des systèmes plus avancés comme les sliders Edelkrone, Kessler ou Rhino permettent un contrôle fin de la vitesse, des accélérations et parfois la synchronisation avec d’autres axes.

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    Ici avec un exemple de slider à aimants que nous avions utilisé pour sa souplesse avec une configuration très lourde

    Bien que limités en amplitude, les sliders offrent un excellent compromis entre précision, portabilité et coût, et s’intègrent aussi bien à des configurations simples qu’à des dispositifs plus élaborés.

    Caméra à l’épaule, à la main, ou sur stabilisateur


    Filmer caméra portée est sans doute la solution la plus simple à mettre en œuvre, et de nombreuses raisons peuvent conduire à éviter un travelling traditionnel.
    La caméra à l’épaule permet de se passer de rails et de machinerie, et s’accompagne souvent d’une intention dramaturgique assumée : un mouvement plus instable, plus nerveux, plus organique.


    On évoque de nouveau, les gimbals, mais c’est une fois de plus, une façon d’envisager un traveling passe-partout et rapide à mettre en place.

    Porter une caméra sur de longues durées reste toutefois éprouvant physiquement. L’usage d’un harnais, associé à des poignées ou à un stabilisateur, constitue alors un compromis intéressant entre confort et intention de mise en scène.

    Parmi ces solutions, on peut citer le ReadyRig ou l'Armor Man.
    Dans la pratique, de nombreux opérateurs privilégient cependant l’EasyRig, utilisé seul pour soulager le poids, ou combiné à un bras stabilisé comme le Serene ou un Stabil, ce qui en fait un véritable stabilisateur mécanique.
    L’EasyRig, dans sa forme classique, est avant tout un outil de décharge du poids : il soulage l’opérateur mais ne stabilise pas réellement le mouvement, conservant l’énergie et les irrégularités propres à la caméra portée.
    L’ajout du Serene permet de filtrer une partie des oscillations verticales et d’obtenir une image plus douce, tout en gardant une grande liberté d’action. Avec un Stabil, la dissociation entre le corps et la caméra devient plus importante encore : le mouvement gagne en régularité et en propreté, se rapprochant d’une stabilisation mécanique avancée, tout en restant plus rapide et plus léger à mettre en œuvre qu’une nacelle motorisée.

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    De gauche à droite : ArmorMan, ReadyRig, EasyRig, EasyRig avec Serene et EasyRig avec Stabil.​

    Jusqu’ici, tous ces mouvements impliquaient un déplacement réel de la caméra. Mais il est aussi possible de créer du mouvement sans quitter son point de vue.

    Le zoom, quand l’optique devient le vecteur



    Une autre façon de créer le mouvement, c’est d’utiliser son optique comme vecteur d’un mouvement de caméra. La caméra peut alors rester fixe, mais pour autant créer des mouvements variés, dynamiques, voire même chaotiques, en fonction des besoins.

    En théorie le zoom n’est pas un mouvement, en pratique la perception du mouvement est bien réelle; et c’est de ça qu’il est question.


    Difficile d’imaginer un film de Tarantino, sans crash zoom. Le crash zoom est un zoom in ou out de forte amplitude et brutal.


    Au contraire, un zoom peut être long et délicat, comme ici dans Barry Lyndon. John Alcott utilise, pendant une bonne partie du film, un Cooke Varotal 20-100, ou l’ancêtre d’un Angenieux 24-480 pour créer des longs effets dramatiques.


    Enfin, comment parler de l’utilisation du zoom dans le mouvement, sans évoquer le fameux effet “Vertigo”, ou travelling compensé, inventé pour les film “Sueurs Froides” d’Alfred Hitchcock.

    Cet effet repose sur une déformation de la perspective produite par un zoom ou un dézoom, compensé par un travelling inverse.
    Si l’optique zoom, la caméra recule afin de conserver la même échelle de plan, tout en modifiant la relation entre le sujet et l’arrière-plan.

    L’obtention de cet effet nécessite une synchronisation très précise entre le déplacement de la caméra et la variation focale.
    Pour le film, Hitchcock fit d’abord construire une maquette de la cage d’escalier afin de calibrer les distances sur la maquette et d’obtenir, sur le décor réel, l’intensité exacte de la déformation souhaitée.

    Mais comment animer un zoom ?


    On pourrait penser qu’il suffit de tourner la bague de l’optique pour zoomer. C’est partiellement vrai, notamment pour un crash zoom, où l’irrégularité du geste peut même servir l’intention.
    En revanche, pour un zoom lent, et plus encore pour un travelling compensé, le mouvement doit être constant et parfaitement contrôlé.
    Il devient alors nécessaire de motoriser le zoom.

    C’est le rôle des commandes dédiées telles que le Pan-Bar de Cmotion, le MicroForce de Preston ou encore le ZMU-4 d’ARRI.
    Ces dispositifs permettent non seulement de motoriser la focale, mais aussi d’en ajuster précisément la vitesse et la courbe de mouvement.

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    Ci-dessus le Pan-Bar

    Dans une gamme plus accessible, des systèmes comme le Nucleus Nano de Tilta ou même un follow focus mécanique peuvent remplir ce rôle.

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    Le fluide de zoom peut également être une solution encore plus légère

    A noter, que les optiques à zoom électronique type Power Zoom pourraient être une bonne alternative, mais trop peu ajustables facilement, de mon opinion.

    Certains mouvements, plus rares ou plus complexes, posent quant à eux des défis techniques bien spécifiques.

    Le roll, infini ou non


    Le roll est le mouvement qui va nécessiter un peu plus de bidouille. En imaginant notre mouvement, que veut-on ? Un simple débulage ? ou une rotation complète à 360° ?
    La réponse, impactera ensuite le choix technique pour animer ce mouvement.


    La nécessité de faire un roll à 360° va éliminer d’offices certaines solutions, mais d’autres variées s’offrent à nous.

    Têtes mécaniques


    Le plus simple serait d’utiliser une tête mécanique dédiée. Plusieurs fabricants proposent de telles têtes pour des configurations plus ou moins lourdes.
    Pour du 360°, Cartoni ont la Lambda ou la Total Dutch, pour caméra cinéma, et ProAim ont la Spinhawk plus légère. Des références alternatives existent chez d’autres fabricants, avec certaines têtes qui peuvent par exemple être motorisées avec une commande de point.

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    A gauche : Cartoni Lambda 5, à droite : ProAim Spinhawk

    A surveiller, le maintien du point nodal (axe optique au centre de la rotation) qui peut ne pas être assuré, en fonction du gabarit de votre caméra.

    Au contraire, pour des roulis de plus faible amplitude, des solutions plus légères existent.

    On peut par exemple penser aux têtes fluides Dutch, chez Sachtler par exemple, qu’on peut détourner, pour utiliser leur axe de rotation latéral, pour débuller.

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    Il est pertinent d’évoquer les supports comme les Denz Bogie (45° de rotation) et Super Bogie (90°), qui remplissent la même tâche, en se mettant directement sur une tête fluide classique.

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    Ci-dessus : le Denz Super-Bogie


    Gimbals


    Comme évoqué plus haut, le piège classique est de penser que toutes les nacelles gyro-stabilisées permettent une rotation complète sur l’axe du roll. C’est d’ailleurs, peut être, là où ces stabilisateurs peinent le plus.

    Par exemple, sur le papier, le RS5 n’a une amplitude de roulis maximum que de 240°. Il est possible de ruser, en l’utilisant à l’horizontale pour obtenir un effet “infinity roll”


    Cela reste cependant de l’ordre de la bidouille, en exploitant l’axe du pan.

    Dans ce cas là, et pour des petits boîtiers, la solution adaptée peut être d’utiliser des sliders robotisés type Edelkrone, qui permettent le roll.

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    Pour un réel roll infini avec une caméra cinéma, il faudra plutôt avoir recours à des solutions spécialisées, et donc avec un opérateur dédié, on est alors sur une alternative réservée à des projets à gros budget :
    • Tête Omega AR/Alien, combinée à un steadicam

    • ARRI SRH 360 EVO

    • ARRI Trinity 2 (rotation max de 360°, pas infinie)

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    Tête Omega AR montée sur un steadicam

    Optiquement


    Une alternative atypique, peut être de faire ce roll grâce à une optique dédiée.
    P+S Technik ont développé le SkaterScope pour cet usage
    (entre autres).


    C’est une solution réservée au marché de la location, et qui en plus de permettre un roll infini avec maintien du point nodal, permet surtout des plans très originaux.


    Lever / pedestal : le mouvement vertical


    Le lever, aussi appelé pedestal, désigne un déplacement vertical de la caméra, vers le haut ou vers le bas, sans modification de l’axe optique.
    Contrairement au tilt, c’est bien la caméra entière qui se déplace dans l’espace, et non simplement son angle.


    Dans cet extrait de The Royal Tenenbaums, nous avons deux illustrations variées de lever, un à la grue télescopique, l’autre à la dolly.

    Solutions mécaniques classiques



    Dolly à colonne hydraulique


    La manière la plus traditionnelle de réaliser un lever reste l’utilisation d’une dolly équipée d’un bras ou d’une colonne hydraulique.
    En actionnant le vérin, l’opérateur peut faire monter ou descendre la caméra de manière parfaitement fluide, tout en conservant une trajectoire stable.

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    C’est une solution extrêmement précise, idéale pour des plans dialogués ou des mouvements combinés (travelling + lever), mais qui implique une logistique lourde et un budget conséquent.

    Jib et grue légère


    Le jib constitue une alternative plus légère à la grue traditionnelle.
    Il s’agit d’un bras articulé, monté sur un pied ou une dolly, permettant de déplacer la caméra verticalement tout en conservant une certaine portée horizontale.

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    Ci-dessus: le combo Jib + plateau de travelling

    Des modèles compacts permettent aujourd’hui d’obtenir des levers élégants avec une mise en place relativement rapide. Associé à une tête fluide ou à une nacelle motorisée, le jib devient un outil très polyvalent.

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    Dans des configurations plus ambitieuses, la grue télescopique permet des mouvements verticaux de grande amplitude, souvent combinés à des panoramiques ou des travellings, mais elle reste réservée aux productions disposant d’un temps et d’un budget importants.

    Sans y revenir intégralement, mais plus méconnu, le système Tango permet de transformer un steadicam en une vraie Jib.


    Nacelle + opérateur


    Une nacelle portée à la main peut également être utilisée pour créer un lever organique, en accompagnant physiquement la montée ou la descente de la caméra.
    Ce type de mouvement, moins mécanique, peut servir une intention plus subjective ou immersive.

    Associée à un harnais, cette solution permet de limiter la fatigue tout en conservant une grande liberté de mouvement.

    Le drone : le lever par excellence


    Difficile d’évoquer le mouvement vertical sans parler du drone.
    Par nature, il excelle dans le lever pur, permettant des montées parfaitement linéaires, continues, et de grande amplitude, sans contrainte de sol.

    Le drone offre une solution relativement abordable pour des mouvements autrefois réservés aux grues lourdes.
    Il impose cependant ses propres contraintes : réglementation, bruit, dépendance aux conditions météorologiques, et parfois une esthétique immédiatement identifiable.

    Grue, nacelle et téléopération


    Sur des projets à gros budget, le lever devient souvent un mouvement composite.
    Une grue équipée d’une nacelle gyrostabilisée permet de combiner élévation, panoramique, travelling et rotation, avec une précision extrême.

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    Par exemple, ci-dessus une Technocrane associée à une nacelle

    Ces systèmes sont généralement opérés à distance, via manivelles ou joystick, et offrent un contrôle total sur la vitesse, la courbe et la répétabilité du mouvement.

    Ils constituent la solution la plus précise, mais aussi la plus coûteuse en termes de matériel, de personnel et de temps d’installation.

    Le mouvement comme choix, pas comme démonstration


    À travers ces différents exemples, une chose apparaît clairement : il n’existe pas un moyen de réaliser un mouvement de caméra, mais une multitude de manières de le penser, de le construire et de le mettre en œuvre.
    Un même pan, un même travelling ou un même lever peut être réalisé avec des outils radicalement différents, selon les contraintes de production, le budget, le temps disponible… mais surtout selon l’intention narrative.

    Cet article n’a pas vocation à être exhaustif, mais à proposer une grille de lecture technique des mouvements de caméra. (N'hésitez pas à venir l'enrichir dans la discussion associée !)

    L’évolution des technologies a profondément transformé notre rapport au mouvement. Là où certaines solutions relevaient autrefois de lourdes infrastructures (grues, dollies massives, machineries complexes) des alternatives plus légères, plus accessibles et parfois plus agiles existent aujourd’hui.
    Pour autant, ces nouveaux outils ne remplacent pas les anciens : ils s’y ajoutent. Une tête à manivelle, une dolly ou un Steadicam conservent des qualités mécaniques et un ressenti physique que les solutions motorisées ne reproduisent pas toujours.

    Penser un mouvement de caméra en 2026, ce n’est donc pas chercher la solution la plus moderne, ni la plus impressionnante, mais celle qui sert le mieux le plan.
    C’est accepter que la technique soit au service de la mise en scène, et non l’inverse.

    Qu’il soit discret ou spectaculaire, fluide ou volontairement instable, un mouvement n’a de sens que par ce qu’il raconte.
    Et c’est peut-être là, au-delà des outils et des machineries, que réside l’essence même du mouvement de caméra : un langage, avant d’être une prouesse.
    caraibe, nestaphe, Lacombe et 1 autre Repairenaute ont recommandé ce message.

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