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Discussion : Le troisiéme marché: modèle économique.
Author : Dina
Posted : 05-Mar-2000 16:19:22
Les nouveaux modèles économiques de l'industrie de programme.
Ou comment appréhender " Le troisième marché "
Avec l'apparition des technologies numériques et la révolution de l'informatique individuelle, un certain nombre de paramètres du modèle économique du marché du programme TV sont entrain d'évoluer.
L'histoire de la TV en Europe est récente sa naissance comme média actif de grande diffusion date du milieu des années 50 et son modèle économique est la télévision d'état. Ses recettes proviennent d'un impôt levé sur la base d'un équipement de réception.
La " dérégulation " de ce modèle économique commence à la fin des années 60 avec l'apparition des sociétés d'économies mixtes (TMC-RTL) ou la part des recettes publicitaires reste minime. Il faudra attendre la fin des années 80 pour que des modèles de sociétés de télévisions commerciales voient le jour (Reite Italia-Canale 5, TF1).
C'est à ce moment-là d'ailleurs qu'apparaît un autre modèle la télévision à péage (Canal +).
Ainsi " un quart d'heure " avant le passage au troisième millénaire, on connaissait trois modèles économiques pour la télévision.
- La télévision publique d'état : financée par la redevance et un maximum de 30 % de recettes publicitaires.
- La télévision commerciale : financée à 100 % par les recettes publicitaires.
- La télévision à péage : financé à 85 % par les abonnements et à 15 % par la publicité.
La technologie de diffusion analogique imposait alors des limites (nombre de canaux diffusés) qui rendaient ces modèles stables.
Le financement des programmes découlait du mode de financement des chaînes dans un espace concurrentiel fermé.
Afin de limiter la concurrence des produits américains, certains états européens vont imaginer des systèmes d'assistances économiques à l'industrie de programme dont vont bénéficier les diffuseurs qu'ils soient publics ou privés.
Le marché se résume alors à trois secteurs.
Le premier marché qui regroupe les fournisseurs de catalogues de programmes, les " major company ", les sociétés de productions de programmes dépendantes des diffuseurs, quelques sociétés de production de programmes indépendantes. En gros tous ceux qui ont ou partagent un stand au Mip TV.
Le second marché est constitué par les catalogues de droit acquit par des chaînes périphériques ou locales lors d'opération de production ou de coproduction. Ce sont ceux qui visitent le Mip.
Le troisième marché est représenté par l'extraordinaire nébuleuse que constitue les producteurs indépendants (dont les catalogues de films institutionnels de commandite), les télévisions locales communautaires et les milliards d'amateurs de talents dont l'ouvre audiovisuelle n'est pas la source principale de revenu.
Bref tous ceux qui n'ont pas les moyens de se payer le déplacement et le séjour à Cannes, à Milan, ou à LA et dont la cassette ne sera jamais regardée par l'acheteur ou le responsable des programmes d'une chaine (même uniquement diffusée régionalement sur le câble).
En ce qui concerne les sociétés de productions de programmes (ex : AB, Réservoir, Allia etc), jusqu'aux années 94, le schéma économique était simple : Coût de production amorti à la première diffusion avec marge brute de 20 % dégagé.
Bénéfices dégagés dès la seconde diffusion ou la première vente à l'export.
Heureuse période où l'hyper concurrence entre public et privé dans le secteur hertzien permettait à Glem Production (Sacrée Soirée) de facturer une heure et demie de variété en " direct " aux alentours de 3 MFFR, AB facturait les 26 minutes de Sitcom, aux alentours de 280 000 FFR et ou les animateurs producteurs se partageaient les patates.
Fabuleux pays de cocagne, le privé ou un ingé-vision truquiste était payé 2500 FFR/J, un assistant son ; 1200 FFR/J, un ingé-son 1800 FFR/J, un monteur truquiste (5 VTR-GVG 300- ADO 1000-Synté Chyron) jusqu'à 4000 FFR/J et un cadreur jusqu'à 1600 FFR/J.
Même si les journées faisaient alors un minimum de 13h, c'était l'Eldorado, jusqu'aux premières faillites (London Week-End TV et la Cinq).
Car jamais jusqu'alors on aurait pu imaginer qu'une chaine de tv dépose son bilan comme une vulgaire entreprise privée lorsqu'elle confond recette et bénéfice.
Les fenêtres de diffusion des chaînes hertziennes à diffusion nationales, ne permettent pas d'amortir correctement le taux de diffusion de certaines ouvres ou de droits de diffusion, qu'à cela ne tienne la technologie du câble est là, créons des thématiques sur le câble.
En effet le câble à ces débuts n'est qu'un moyen technique pour acheminer un service
De plus il faut une offre différente et attrayante autre que la simple qualité de réception pour que le client démonte son râteau et rémunère le distributeur de tuyau.
-Dans certain pays c'est l'opérateur de chaînes qui paye pour être sur le câble.
-Dans d'autre c'est le câblo- distributeur qui rémunère l'opérateur de chaine.
Les chaînes du câble mettront plus de 10 ans à recouvrer leur équilibre, ce qui explique que durant plusieurs années, leur politique d'achat de programme sera frileuse.
Cela dit La Sept et Planète feront l'effort d'acheter certains documentaires jusqu'à 125 000FFR pour un 52 minutes (droit multidiffusion pour une durée de 2 ans). Mais la moyenne générale ne dépasse rarement pas les 45 000 FFRs de l'heure.
La donne va changer avec l'apparition des technologies de diffusion et de réceptions numériques des 1997.
Si la technologie permet des économies sur le plan du transport du signal, les groupes doivent réaliser d'important investissement sur le terminal décodeur afin d'initialiser le marché.
Il faut aussi créer une offre de choix de programme qui soit significative. On ne crée pas une offre de " bouquet " à moins de 20 Chaînes.
Le premier reflex est de rafler les catalogues de Films, TV Films, Série Premium, et droit sportifs afin d'annoncer au public que l'autre n'aura rien à mettre puisque j'ai tout acheté.
(Débat Canal V TPS). C'est beaucoup d'argents et cela profite surtout aux majors américaines, on se fera même refiler des Films ou des séries, dont seul le Flyer (document commercial de présentation) existe et ou il est spécifié que le casting est en cour.
Pour le reste on va réutiliser les stocks, en première, seconde, troisième et quatrième fenêtre, on va créer un concept de programmation de module multidiffusable, et l'on va réduire les coût d'exploitation au strict minimum.
La technique rend possible cette démarche, là ou il fallait un transpondeur de 33 Mhz (24 MFFR/Ans) pour diffuser une chaine, on diffuse 9 chaînes en compression numérique ;de
même que là ou il fallait 10 personnes, on n'en mettra qu'une.
C'est ainsi que naîtront les concept de gestion, et de diffusion informatisée de chaînes du type Global Trafic Management System.
Les quotas, avec le concept de modules multidiffusés, il faudra vraiment jouer au con pour risquer un problème avec les organismes de régulations.
À l'heure qu'il est certaines chaînes numériques thématiques diffusée par satellite et reprise par de nombreux câblo-opérateurs se suffisent d'un budget de fonctionnement de moins de 6 MFFR par ans achat de programmes compris.
On est loin des 40 à 60 MFFR que justifiaient certaines chaînes du câble, il y a quelques années.
Aujourd'hui, aucun des opérateurs de Bouquet Numérique ne gagne de l'argent, et la démultiplication de l'offre de programmes n'est pas suivie par une extension des recettes publicitaires cumulée sur le secteur des généralistes à larges diffusion et sur les thématiques.
Le gâteau est grosso modo resté le même mais le nombre de part à distribuer est plus important. (600 Chaînes sur l'Europe dont 190 Gratuites).
Ce qui explique que la part de gâteau réservé à la production a diminué et que pour certaine chaine même gérée à l'économie et au booster de productivité, il ne reste que des miettes.
La réalité du marché est que maintenant, il n'est plus possible d'amortir le coût d'une production même en partie subventionné à la première diffusion TV.
La part d'inédit par jour dans la programmation de ces " nouveaux opérateurs de chaînes " (hors les chaînes nationales généralistes reprises sur les bouquets) n'excède pas les 30 minutes en moyenne.
Hors le problème de fond est que ces " nouveaux opérateurs " ont de plus en plus besoins d'images inédites pour faire face à un marchés concurrentiel à l'extrême, mais qu'ils ne sont pas à même de procurer par l'achat de programme les revenus permettant à la production de produire et d'en vivre normalement.
Il est donc devenu nécessaire de mettre en place un New Deal.
Surtout qu'arrive un quatrième type de chaînes .
Les chaînes de services multimédias Business to Business.
Il s'agit d'ouvrir une vitrine sur la télévision numérique par satellite et par câble sur une modélisation thématique gratuite en clair. (Téléachat subtil)
Cette vitrine étant fortement relayée par Internet (+Clips Quick Time) et des applicatifs interactifs lié au mode d'exploitation DVB du terminal de réception .
Le tout étant relayé par un ensemble de Call Centers traitant in fine le client.
Le système se rémunère en prélevant un pourcentage sur le volume des transactions ainsi générées. ( Libertytv.com, Travel Shop, Wish Line, Alice etc..).
Ce n'est plus tout à fait de la télé, mais cela à besoins d'un certain type de programme à diffuser.
Et ces opérateurs du quatrième type sont intéressés par le troisième marché. Il va donc falloir trouver un nouveaux mode de négoce d'image ; basé sur d'autres types d'échanges et d'autres intéressement financier que ceux aujourd'hui pratiqués.

Le débat est ouvert.

DINA.



Author : Phil
Posted : 05-Mar-2000 16:42:38
J'imagine que le débat risque de ne pas intéresser grand monde sur ce forum. Que de chiffres et que de mots qui sonnent bien fort le jagon marketting. A lire ce message on voit bien que l'audiovisuel est avant tout pour certain une industrie avant d'être un art.
Je signale tout de même que celà fait déjà longtemps que les producteurs ont compris qu'il fallait miser sur la multidiffusion pour amortir un programme. Personnellement les émissions et les sociétés que tu cites ne sont pas de la télévision mais de la m.... et que, de toute façon, il y a peu de chance de travailler pour eux. Les plus gros producteurs du moment en terme de chiffres (Mireille Dumas prod, Réservoir Prod de jean-Luc Delarue, On air de Nagui...) ne sont pas les plus gros producteurs en terme de nombre d'heures produites et c'est un vrai scandale.
Je pense que les nouveaux canaux de diffusion vont changer la donne. Les technologies ADSL et autres boucles à haut débit vont en effet ouvrir de nouvelles fenêtres de diffusion qui font que l'on va assister à un éclatement des télévisions "communautaires". Le public sera complètement atomisé. Celà va aussi modifier la donne en ce qui concerne les recettes publicitaires et permettre de trouver de nouvelles rentrées. En effet, le plus gros secteur d'investissement en achat d'espace, à savoir la grande distribution, n'a pas accès à la publicité télé. A partir du moment ou ca passera par le net, ce genre de limitation va sauter. C'est bien la raison qui fait que la Presse Quotidienne Régionale et les chaines privées de type TF1 sont en train de faire la course pour être prêts dès que la technologie sera en place.
Pour ma part je suis pas diffuseur mais technicien et je pense que plus il y aura de diffuseur plus il y aura de boulot pour ce qui savent faire du bon travail, qui ont des idées et qui ne restent pas les bras croisés dès qu'ils ont fait leur 507 heures.