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Préparer sa liste caméra: les problématiques de l’assistant opérateur

La responsabilité majeure qui incombe à l’assistant caméra, en préparation, est la conception de la liste de location du matériel caméra.

Publié par Lucas.janiszewski le 13 Avril 2021 dans Tutos
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  1. Lucas.janiszewski
    La responsabilité majeure qui incombe à l’assistant caméra, en préparation, est la conception de la liste de location du matériel caméra.
    Cette liste regroupe bien sûr le corps caméra mais également tous les éléments périphériques tels que les retours vidéos, optiques, filtres, follow focus...

    Cette opération nécessite une connaissance approfondie du matériel, ainsi que du projet sur lequel la caméra sera engagée: la majorité de la configuration de celle-ci dépendra notamment du découpage, et donc par extension du contexte d’utilisation (machinerie, lieux…). Les intentions esthétiques et de mise en scène revêtent également une importance capitale dans votre choix. Il faut donc être en mesure d’avoir, en plus d’une démarche purement technique, une approche artistique dans les propositions que vous ferez à votre chef opérateur. Cet article résume donc mon protocole et mes habitudes de travail en préparation, et ce indépendamment du budget ou du type de projet.

    Première étape: l’importance de la communication



    Dès votre arrivée dans le projet, n’hésitez pas à prendre connaissance du maximum de documents de productions possibles (mood board, découpage, scénario…) auxquels vous avez accès, y compris ceux qui ne sont pas forcément liés directement au département caméra. Cela vous permettra d’avoir une connaissance optimale du projet, et donc de parer à toutes éventualités auxquelles vous n’auriez pas pensé.

    Dans la majorité des cas le chef opérateur aura déjà fait son choix de caméra et d’optiques, et il pourra avoir des préférences sur tel ou tel accessoire (ex: des poignées particulières), n’hésitez pas à clarifier ce point avec lui. Il est également utile de savoir le plus tôt possible le codec, la résolution ainsi que les réglages d’affichage (LUT personnelles, ratio d’affichage/tournage), puisque tout cela aura un impact significatif sur votre liste.

    Il est également indispensable d’échanger le plus possible avec les autres chefs de poste, puisque je ne vous apprends rien, tout le monde est interdépendant. Par exemple, voici les questions et demandes qu’il m’arrive de faire:
    • A l’équipe électricité: Si tournage en extérieur quelle possibilité d’alimentation électrique il y a pour les retours? Possibilité d’ajouter sur la liste électrique des pieds/rotules pour les moniteurs?
    • A l’équipe machinerie: Choix de tête et de stabilisation? Quelles configurations (Dolly, grue…)? Et les informer dès que possible d’une estimation des côtes et poids des différentes configurations.
    • Eventuel opérateur steadicam: Quels sont ses besoins en termes de batteries, accessoires, consommables?
    Ces échanges sont capitaux pour vous permettre de créer une configuration la plus adaptée possible au projet.

    Deuxième étape: la conception de la configuration



    Une fois les exigences du projet cernées, il s’agit de concevoir une liste caméra adaptée; c’est à dire pratique, cohérente et rentrant dans un budget donné. En effet, rien ne sert de compter sur une liste démesurée, puisque dans beaucoup de cas le budget vous imposera de la tronquer, et donc vous finirez par devoir vous débrouiller sans les accessoires sur lesquels vous comptiez initialement; autant vous adapter de vous même, plutôt que de laisser la production le faire à votre place.

    Je vous propose dans cette partie, une étude de cas de quatre configurations pour quatre utilisations et budgets distincts.

    Configuration fiction anamorphique: Arri ALEXA Mini et Atlas Orion



    Nous avons utilisé le duo Alexa Mini/Atlas Orion pour une fiction, sur laquelle beaucoup de changements épaule et dolly étaient prévus. Le défi était donc de concevoir une configuration qui puisse convenir à une utilisation comme à une autre, sans que nous ayons à changer d’accessoirisation à chaque changement de machinerie. En effet nous aurions pu nous permettre de monter une caméra lourde sur la dolly mais nous nous serions retrouvés coincés au moment de passer à l’épaule.
    L’exigence était aussi de préserver un équilibre avant/arrière convenable à l’épaule, ce qui était aussi un peu piégeux au vu du gabarit et du poids des Atlas Orion, face à la petite taille de l’Alexa Mini.

    Capture d’écran 2021-04-10 à 17.39.25.png

    C’était donc les deux contraintes importantes que nous avions listées dès le début de la préparation.

    Nous avons donc convenu d’une configuration légère, avec un mattebox ARRI LMB-5 (500 grammes) qui nous laissait la possibilité d’ajouter 3 filtres seuls ou une dioptrie, et 1 filtre.
    Pour ceux qui l’ignoreraient, les dioptries sont des lentilles qui s’installent dans une mattebox, comme un filtre classique, et qui permettent de réduire la distance minimale de mise au point (close focus) en décalant la plage de celle-ci. Dans le cas des Atlas Orion, leur utilisation était impérative puisque le close focus se situait à 50cm pour le 40mm, et 1m pour le 100mm, ce qui aurait pu se révéler limitant pour le tournage des gros plans dont le film était en grande partie composé.

    Pour parer au déséquilibre de la caméra nous avons mis la platine Vlock sur des longues tiges de 19mm, qui nous ont permis de déporter bien en arrière le poids des batteries. Côté batterie, nous avons utilisé des Vlock Bebop 290Wh, assez lourdes pour permettre de cadrer confortablement, y compris avec le 100mm qui mesure 25cm pour 3kg.

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    En follow focus HF, nous avions opté pour un Teradek RT pour la simple raison que ses moteurs étaient plutôt légers (212g) et compacts, et reliés à un tout petit boîtier récepteur que nous avions installé à l’arrière de la caméra.

    Capture d’écran 2021-04-13 à 14.16.39.png

    En monitoring nous avions un TvLogic 5,6 pouces pour le point, un Astro (oscilloscope) pour le directeur de la photo, qui ne cadrait pas, et sur lequel il vérifiait ses valeurs d’exposition. Pour la réalisation nous avions un 17’’ Panasonic BTH-1700, ainsi qu’un moniteur enregistreur Atomos Shogun qui enregistrait le signal en sortie du 17’’, permettant à qui le voudrait d’avoir accès à un enregistrement des prises précédentes sans déranger le cadreur.

    Tout ceci était transmis par la caméra au moyen d’une liaison HF Teradek Bolt 300, qui a l’avantage de ne pas avoir d’antennes externes, qui peuvent s’avérer gênantes dans le cas d’une configuration compacte.

    Vous trouverez la liste complète ici.


    Config fiction lourde: Arri ALEXA plus et Zoom Arri Fujinon Alura 18-80mm



    Pour ce court-métrage, le budget nous permettait de louer « seulement » une Alexa Plus, même si il aurait été plus pratique de tourner avec une Alexa Mini. Nous devions donc composer avec cela.

    La cheffe opératrice avait choisi une optique unique, en l’occurrence un zoom 18-80 Alura.

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    L’ensemble Caméra + Optique pesait à lui seul presque 13kg pour 82 centimètres de long. Le défi se situait notamment dans le fait que des plans à la grue étaient prévus au découpage, nous devions donc nous limiter le plus possible en terme d’accessoirisation.

    IMG_5983.png

    Par soucis de budget et de praticité nous avons utilisé un Follow Focus HF Tilta Nucleus M. En effet, le fait que le récepteur soit intégré aux moteurs nous évitait de devoir rajouter un boîtier à la configuration. C’était également une solution relativement accessible financièrement.

    En mattebox, nous avions comme sur la première configuration que j’ai évoquée plus haut, une LMB-5 d’Arri que j’aime beaucoup pour sa légèreté et sa simplicité.

    Côté énergie nous étions sur des grosses batteries Vlock de 290Wh pour parer à la consommation conséquente de l’ALEXA Plus, tout en essayant tant bien que mal de conserver un équilibre de la caméra pour la configuration grue. A souligner aussi que moins nous avions à éteindre la caméra, mieux nous nous portions, puisque les Alexa Classic et Plus prennent environ une précieuse minute à démarrer. D’ailleurs nous aurions pu utiliser un Hot Swap, qui nous aurait permis de changer de batterie sans éteindre la caméra, mais le poids déjà conséquent de la configuration nous imposait de nous limiter.

    Capture d’écran 2021-04-13 à 14.27.01.png

    En terme de monitoring, nous avions une liaison vidéo HF Teradek Bolt 300, compacte et relativement bon marché. En terme de portée elle nous convenait très bien puisque nous tournions dans des décors assez grands, qui nous permettaient d’avoir nos retours près de la caméra; cependant je ne vous conseille pas cette liaison si vous anticipez que les moniteurs soient séparés de la caméra par un mur et/ou beaucoup de personnes, puisqu’elle perd très vite en fiabilité. Dans ce cas je vous recommande les Teradek Bolt 500 qui sont certes un peu plus chers, mais très fiables.

    Pour les écrans, nous avions un retour principal 17’’ Panasonic, un retour de point 5,6 pouces TV-Logic, et deux Small HD 702 7 pouces, un pour la cheffe op son et un autre comme moniteur d’appoint pour la réal. Ils étaient tous reliés en HF.

    En terme de trépied, nous avions une tête studio Sachtler 9+9 pour supporter cet ensemble imposant.

    Vous trouverez la liste détaillée ici.


    Configuration pub: Alexa Mini, Arri Master Prime/ Vantage Macro



    Je vous présente ici une configuration plus « premium ». En effet, il n’est pas concevable d’avoir un problème de matériel devant un client, qui n’a aucun bagage technique dans la majorité des cas, en publicité j’ai donc tendance à proposer une liste certes plus chère mais plus fiable pour parer à toutes les éventualités. Les budgets quotidiens sont de toute manière, très souvent, plus élevés en publicité qu’en fiction, et donc laissent des possibilités plus étendues quant à des choix confortables de configuration.

    Nous filmions ici un produit d’une marque de luxe connue, nous avions donc beaucoup de plans macro, et de plans typés « beauté » avec une nécessité d’avoir un piqué assez prononcé d’où le choix d’optiques sur lequel le chef opérateur s’est porté: les Arri Master Prime et Vantage Macro. Nous tournions à l’Arri Alexa Mini.

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    Nous avions fait le choix de prendre deux commandes HF, une WCU-4 pour le point, et une SXU-1 de chez ARRI pour permettre au chef opérateur de contrôler le diaph à distance. Cette composition est assez courante en publicité, bien qu’elle puisse sembler exotique.

    Pour la mattebox, puisque nous n’avions pas de plans à l’épaule nous nous sommes permis d’en choisir une un peu plus lourde, en l’occurence une Arri LMB 4x5, qui présente l’avantage de pouvoir être accessoirisée facilement puisque’elle accueille foule de pas de vis.

    Nous tournions intégralement en studio, avec un nombre conséquent de retours, nous étions donc équipés d’une liaison HF Teradek Bolt 3000, très fiable et discrète. Cette liaison nous permettait d’utiliser les moniteurs Small HD de la gamme Bolt, qui embarquent un récepteur vidéo Bolt HF intégré ce qui était très pratique, nous avions donc deux Small HD 703 Bolt. Sur la caméra nous avions installé un Small HD 503, qui a l’avantage d’avoir plein de boutons personnalisables, pour permettre au chef opérateur d’accéder rapidement à ses outils d’exposition.

    Capture d’écran 2021-04-13 à 14.35.47.png

    En retour réalisation et client nous avions deux moniteurs 24 pouces Sony Trimaster EL embarquant une dalle OLED de très bonne qualité, que nous alimentions avec de grosse batteries en plomb pour s’émanciper du plus de câbles possibles et permettre une certaine liberté de mouvement avec les moniteurs.

    Les hauteurs et angles de caméra étaient définis très précisément en préparation et nécessitaient donc une grande rigueur au tournage. Plutôt que d’utiliser un trépied, nous utilisions un Bazooka, qui est une tourelle hydraulique soutenant la caméra et qui nous permettait de monter et descendre celle-ci très précisément, ou de la bouger au moyen de petites roulettes.

    Base-Bazzoka-03.jpg

    Vous retrouverez la liste détaillée ici.


    Configuration clip: Blackmagic URSA 12K et Zoom Angenieux 28-70



    Pour ce tournage de clip nous étions sur un budget plus modeste et des exigences différentes: nous avions peu de temps pour beaucoup de plans. Cette liste est donc plus « passe-partout » et se situe dans une fourchette financière plus mesurée. Le découpage nous contraignait également à penser une configuration compacte, puisque nous étions presque exclusivement en caméra à l’épaule.
    J’explique, d’ailleurs, le choix de la 12K et de l’optique dans une vidéo disponible sur le Repaire.

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    Cette volonté de légèreté s’est manifestée sur toute la conception de la configuration, et notamment le choix de la mattebox. Nous avons utilisé une Abracam ClipOne 3F, qui est une mattebox pouvant emporter 3 filtres pour un poids plume de 160 grammes.

    En configuration épaule nous étions à l’Easy Rig, qui est un harnais dorsal de maintien de la caméra, qui nous permettait de stabiliser la caméra sur l’axe vertical tout en conservant un effet « épaule ». Nous l’avons utilisé avec des poignées Shape, qui sont très pratiques puisque réglables avec un simple bouton poussoir, plutôt que de s’embêter avec les vis des poignées bleues classiques.

    Capture d’écran 2021-04-13 à 14.41.39.png

    Pour le point, nous avions un Tilta Nucleus M HF, puisque c’est un système pratique et qui propose 3 voies à un tarif accessible.

    En monitoring nous utilisions un Atomos Shinobi sur la caméra, pour avoir un accès rapide aux outils d’exposition. Le reste des retours étaient en HF, via un Hollyland Cosmo 600 qui est un système très fiable est accessible, avec d’un côté un retour réalisation Atomos Sumo avec lequel nous enregistrions toutes les prises pour faciliter les relectures, et de l’autre côté un Small HD focus 5 pour le point.

    Toujours par soucis d’efficacité, nous avons loué un trépied Sachtler FlowTech tout en carbone donc très léger et pouvant être réglé rapidement et à une seule paire de mains, à l’inverse d’un pied lourd.

    Les batteries sur la caméra étaient des Vlocks 140Wh couplées à un Hot Swap, mais la faible consommation de la configuration nous a permis de les changer très peu de fois.

    Vous trouverez la liste complète ici.

    La configuration parfaite existe-t-elle?



    La réponse est bien évidemment que non, puisque chaque projet est différent tant en termes d’exigences que de budget. J’ai donc essayé de décortiquer des configurations type pour chaque catégorie de productions, accompagnées des réflexions qui m’ont fait opter pour un accessoire plutôt qu’un autre. Ce sont donc des choix totalement subjectifs, mais que je trouve utiles à partager.

    Comme je l’évoquais d’ailleurs dans mon introduction, le but ce n’est pas de vider les stocks du loueur mais d’être juste dans les choix que vous faites.

    Je n’ai bien sûr pas évoqué tous les petits accessoires par soucis de longueur, mais j’ai joint en fin de chaque partie la liste complète du projet, crée sur Camlist, outil d’ailleurs que je vous recommande vivement. Autre petit conseil qui peut sembler anodin, gardez le plus souvent possible les devis de vos listes, peu de loueurs affichant clairement leurs tarifs sur leur catalogue, cela vous permet donc d’estimer facilement les coûts d’une future location.
    Diego Bataillon a recommandé ce message

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