j'ai vu qu'il était question peut être de développer un forum
sur les films et le cinéma et que cela posait beaucoup de problèmes.
l'affaire m'intéresse beaucoup car je pense que les opinions de
nombreux amateurs et professionnels de la vidéo sur certains
films classiques et contemporains seront nécessairement très
enrichissantes.
Donc, non pas afin de passer le "test" de Monique et de me
proposer comme modérateur mais plutôt pour essayer de
prouver qu'on peut dire des choses intelligentes en critiquant
un film (et puis pour voir les virages que prendrait ici une discution
sur le cinéma) je poste ma petite critique d'un de mes films
préférés (je pense qu'une critique d'un film que l'on déteste
le plus serait plus enrichissante pour tester un prochain
forum cinéma, mais c'est finalement beaucoup plus
éprouvant à écrire :lol: )
Pour vous faire une petite idée de mes goût, je cite tout
de même quelques uns des films qui m'ont le plus marqués
- "Pi" de Darren Aronofsky
- "Delicatessen" de Jean Pierre Jeunet et Marc Caro
- "Solaris" d'Andreï Tarkovsky
- "Le malin" de John Huston
- "Le dernier des hommes" de F.W. Murnau
- "Un chien Andalou" de Luis Buñuel et Salvador Dali
- "Twin Peaks : Fire walks with me" de David Lynch
(jaurais bien dit Mulholland Drive, mais j'ai maintenant
l'impression qu'aimer Mulholland Drive est un cliché, trop de
monde l'a aimé et ne l'a pas compris, on aime et on y comprend
rien, ce qui m'a malheureusement asez écoeuré de ce film)
- "In the mood for love" de Wong Kar-Wai
- "Orange mécanique" de Stanley Kubric
- "La guerre du feu" de Jean Jacques Annaud
etc... (la suite une prochaine fois

)
ce qui suit est
ma critique de Pi d'Aronofsky,
je ne dévoile pas trop l'histoire (même si je préfèrerai que ce
qui ne l'on pas vu le découvre totalement) et j'espère que cela
sera le départ d'une discution intéressante. Cette critique est
assez décousue, vague, et non exaustive, elle pourra toujours
se complèter au fur et à mesure des interventions (s'il y en a :lol: )
Pi (1998) est le premier film de Darren Aronosky, jeune réalisateur
américain qui réalisera ensuite Requiem for a Dream par lequel il deviendra
populaire. Mais par le style qu'impose son auteur au spectateur, ces deux
films sont très semblables tout en touchant deux sujets
apparement très différents.
Pi est un film surprenant, angoissant, à un tel point qu'il parvient à rendre le theme
qu'il traite tout aussi attirant et malsain. C'est un film qui, à la manière de son
protagoniste, Max Cohen, tourne autour des mathématiques. Mais non loin de nous
y passionner, il nous plonge plutôt dans les méandres de l'univers d'un génie
maniaco-dépressif et schyzophrène. Pi est possédé d'une ambiance sombre et
inconnu dont le noir et blanc nous rend l'authencité d'une quête aussi vieille que
l'homme, et que Max tentera de poursuivre : l'explication de notre monde.
L'histoire est rapidement mise en place, après un générique psychédélique sur
un rythme techno-jungle, elle ne nous replace dans le calme qui va précéder la
tempête. Max est un génie. Mathématicien qui étudie les aléats de la bourse, il
est persuadé que le monde qui nous entoure est régie par des équations
mathématiques, des séquences. La narration passe alors par la voix off du
protagoniste et nous surprend à nous identifier à ce passionnant et énigmatique
personnage. Aronofsky a du style, il ne tourne pas autour du pot, il ne filme que
l'essentiel, laissant rapidement les plans généraux pour retourner au gros et même très
gros plan. Son film est comme un livre nous laissant imaginer le contexte et ce qui
entoure l'histoire. Aronofsky fouille l'expression du visage de ses personnages, leurs
mains et leurs yeux. Son cinéma n'est pas un cinéma descriptif ni esthétisant, il se vante
d'un cinéma vivant. D'ailleurs il ne s'attarde pas sur les décors, les emprisonnant dans
la situation de son histoire, il ne les filme jamais en plans d'ensemble et nous laisse à
peine les aperçevoir afin que l'on puisse seulement les reconnaître et leur donner une
fonction dans le déroulement du scénario (un peu comme le fait Wong Kar-Wai dans
"In the mood for love"). Le reste est à l'image de ce que le spectateur s'en fait. Par les très
gros plan, Aronosky donne aussi énormément d'importance aux objets qu'il met en scène,
ces flacons, ces serrures et ces verrous de porte. Très pragmatique, il énumère tous ces
objets qui font le quotidien de Max sans pourtant s'arrêter dessus, car Max les connait,
et même ceux les plus abstraits deviennent à un moment où l'autre d'une utilité pratique
comme ses quotas de bourses qui servent comme brouillon de prises de notes ou l'étude
de proportion de Léonard de Vinci sur lequel il place les rectangles d'or de Pythagore
afin d'élaborer la théorie de Max.
Enfin, au bout de très peu de temps les choses deviennent claires, Max c'est nous,
Nous dans notre crise d'identité par rapport au monde et dans notre soucis de vouloir
l'expliquer, nous dans notre quotidien aliénant qui nous enferme dans la folie et nous
laissant comme vue sur l'extérieur qu'une porte inviolable où le judas à l'oeil de boeuf
ne nous donne qu'une vision déformée de la réalité. Mais nous ne sommes pas dupes
et tenter de comprendre le monde n'est qu'une formulation pour se connaître soi-même
et trouver la raison pour laquelle nous existons. Par cela le film dévie rapidement de
sa quête rationnelle pour débouler sur une crise existencielle à la recherche du Créateur
qui nous a donné vie et auquel nous ne sentons proche que lorsqu'à notre tour nous crééons.
Pi n'en est qu'un film encore plus dérangeant. Nous montrant devant notre psychose
humaine, Aronofsky nous ramène à des faits. Son personnage, comme chacun d'entre
nous, est un génie en puissance mais un génie malade. Atteint depuis son enfance par
la pression sociale formée par son entourage, Max nous représente par sa réflexion
sans but précis, par sa vie noire et caverneuse qui lui prouvera finalement que la béatitude
se trouve dans la simplicité et d'où l'auteur batira finalement sa critique du bonheur.
Du côté technique, le film est totalement novateur. Aronofsky utilise un noir et blanc
"reverseal" (c'est à dire qu'il n'y a pas de gris) très peu vu dans l'histoire du cinéma.
Il ne pose que rarement sa caméra et la plupart du temps elle "colle" à ses personnages
dans des travellings d'accompagnements plus ou moins vifs et rapides, allant même jusqu'à
fixer sa caméra sur ses acteurs par des harnais, Aronofsky créé une ambiance plus
qu'envoûtante, carrément hypnotique, le référenciel n'étant alors plus le décor mais le
personnage lui même. Les éclairages participent activement à cette ambiance, tranchant
l'image par le noir et blanc atypique, on se trouve au cours du film sans cesse attiré par
le noir puis plongé dans la lumière. La musique y est aussi pour quelque chose, moi
même n'étant pas très attiré par la musique électronique je me suis vu entrainé par les
rythmes qui nous poussent dans les éclairs de lucidité de Max tout comme dans ses
visions morbides et mutilatrices.
A l'image d'une sinusoïde mathématiquement imprévisible suivant l'esprit de
Max, le film oscille entre des crescendos picturaux et musicaux jubilatoires puis des
descentes dépressives et infernales. Voilà ce qu'est le génie, celui du film comme celui
du protagoniste, véritable chef d'oeuvre d'un réalisateur novateur et sans budget,
Aronofsky, sans nous défier par la complexité de son sujet, joue avec nos émotions
comme le feraient des montagnes russes. Etant un supplice pour certains spectateurs,
un cadeau de la nature pour d'autre, c'est par celà qu'Aronofsky a parfaitement réussi
son film et nous dit que notre univers échappe à la raison. Il réitèrera son succès plus
tard avec Requiem for a dream qui, étant plus abordable, n'en deviendra qu'encore plus
provoquant. Pour finir, le cinéma d'Aronofsky est un retour au doute et à l'humanisme.
C'est donc un réalisateur à suivre.
Liens internet :
interview avec Darren Aronofsky
http://www.ecrannoir.fr/entrevues/intdaro.htm
Brad Pitt quitte le tournage du prochain film d'Arnofsky
http://www.cinemovies.fr/news_fiche.php?IDtitreactu=349
critique de Requiem for a dream
http://www.fluctuat.net/cinema/chroniques01/requiem.htm
critique et fiche technique de Pi
http://yozone.free.fr/yo-cine/pi.html
le site du film (en anglais)
http://www.pithemovie.com/
dernière petite anecdote, pour ceux qui ont vu aussi "Un homme
d'exception" d'une médiocrité très hollywoodienne, j'aimerais
savoir ce qu'ils pensent de ses relations avec "Pi". L'histoire
est relativement proche, le jeu de Go chinois y revient, la
schyzophrènie aussi (schyzophrènie hollywoodienne, bien sûr,
assez éloigné de celle d'Aronofsky)
il y a même un plan assez exceptionnel que l'on retrouve dans
les deux. la seule chose que j'avais apprécié dans "Un homme
d'exception" c'est ce plan où il rentre dans la salle de l'armée,
l'opérateur tourne autour de l'acteur avec une steadycam, mais
l'acteur tourne à son tour, si bien qu'on n'arrive jamais à attraper
son regard. J'ai trouvé ce plan splendide. En écoutant les
commentaire audio ils y disent qu'il a été improvisé au moment
du tournage (alors ils auraient mieux fait d'improviser plus
souvent).
Seulement, revoyant "Pi" recemment (ce qui m'a décidé à écrire
une critique) je m'aperçois que ce plan où la caméra et l'acteur
tourne est présent aussi dans "Pi" de façon quasiment identique.
Mis à part que dans "Un homme d'exception" le plan parait un
peu gratuit et permet de décrire le décor et la surprise du héros
(parlons de héros pour un film de cette trempe là), tandis que
dans "Pi" ce plan apparait autour de deux fondus enchaînés
prouvant que le protagoniste se perd dans sa réflexion.
"Un homme d'exception" serait-il un "Pi" passé à la moulinette
de l'audience américaine ?